Quatre pas de danse avec Zoltán Kocsis

La Scène, Musique symphonique

Dijon. Auditorium. 15-X-2011. Johannes Brahms (1833-1897) : Danses hongroises pour orchestre n° 1, n° 3 et n° 10. Béla Bartók (1881-1945) : Esquisses hongroises Sz. 97 ; Suite de danses BB86a Sz. 77 ; Danses de Transylvanie pour orchestre Sz. 96 ; Danses populaires roumaines pour petit orchestre Sz. 98. Franz Liszt (1811-1886) : Valse oubliée n° 2 S. 215 ; Valse oubliée n° 3 S. 215 (orchestration de Zoltán Kocsis). Zoltán Kodály (1882-1967) : Danses de Galanta. Orchestre National Philharmonique de Hongrie, direction : Zoltán Kocsis

Chatoyant, dynamique, raffiné, coloré, piquant, humoristique, typique, revisité : cette avalanche d’adjectifs convient tout à fait à un programme dont l’interprétation par l’Orchestre Philharmonique de Hongrie est un gage d’authenticité ; ce voyage musical guidé par quatre musiciens sentimentalement attachés à l’Europe centrale a le goût épicé du paprika et des brochettes tsiganes.

On a admiré une programmation qui nous met en bouche avec les inévitables Danses hongroises de enlevées sans mollir, mais qui se termine avec les rutilantes Danses de Galanta, beaucoup moins jouées en France, et qui forment une symétrie avec leurs sœurs romantiques. Cela permet à l’orchestre de mettre en valeur le coloris parfois acide des vents, typique des sonorités danubiennes, un sens maitrisé du rubato, omniprésent dans ce genre de littérature musicale, et la virtuosité attendue des pupitres de cordes.
Les suites de Bartók apparaissent comme de vrais petits bijoux, sertis avec concision, et d’une précision d’orfèvre en ce qui concerne l’orchestration. Les Esquisses hongroises d’une drôlerie naïve font grogner le tuba dans la Danse de l’ours, et patiner les cordes dans Un peu saoul ! La Suite Sz.77 est sans doute d’une écriture plus austère, moins pittoresque, mais elle nous laisse entendre toute l’essence de ce qui est le procédé d’assimilation du folklore dans le langage de Bartók, et tout le soin qu’il apporte constamment au timbre en utilisant fréquemment, par exemple, la clarinette qui rappelle le taragot ou le piccolo un peu criard qui ajoute la stridence présente parfois dans les musiques paysannes. Les et les Danses populaires roumaines nous rappellent que les Turcs ont fait de longs séjours dans ces régions par le passé : les intervalles orientaux, les rythmes irréguliers, le mode lydien, tout cela en témoigne d’une façon évidente.
Le coup de chapeau à avec l’orchestration de deux Valses oubliées par le chef d’orchestre (et pianiste) a mis en évidence par l’emploi de timbres appropriés la filiation qui existe entre ces musiciens hongrois. En effet, celui-ci va réutiliser intelligemment les mêmes procédés coloristes que ses ainés : utilisation soignée des aigus (que Liszt aimait au piano, lui aussi), souci de l’alternance entre les vents et les cordes, recherche de la poésie sonore et d’une atmosphère un peu nocturne.
Faites de beaux rêves musicaux en rêvant à la Puszta ou aux Carpates !

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