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Petrenko et le Chostakovitch des extrêmes !

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Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°6 en si mineur, Op.54 et Symphonie n°12 en ré mineur, Op.112, « L’année 1917 ». Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, direction : Vasily Petrenko. 1 CD Naxos. Référence 8.572658. Enregistré en 2009 et 2010. Notice de présentation en anglais : 69 :38.

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Au rythme de deux parutions annuelles, le jeune chef russe  poursuit son intégrale des Symphonies de Chostakovitch avec compétence artistique et intelligence dans le couplage.

Venant après des Symphonies de jeunesse n°1 et n°3, le chef oppose deux partitions opposées : à la tragédie ironique de la n°6 répond la fausse pompe dramatique de la n°12. Dans ces deux œuvres, on ne cesse d'admirer la maturité musicale du musicien et son haut degré de compréhension de ces symphonies.

La Symphonie n°12 avance droit devant elle, radicale et rectiligne. La glorification de la Révolution de 1917 s'estompe devant un souffle qui doit plus à la Symphonie héroïque de Beethoven qu'à  la mise en avant des poncifs du régime. Le train d'enfer, nerveux et tendu à l'extrême, imposé par le chef, évacue donc les faiblesses de l'œuvre, pour en faire un tourbillon révolutionnaire, sorte de marche au supplice dans la noirceur timbres aiguisés d'un orchestre, dont la précision et la qualité des pupitres ne cessent de nous sidérer !

La redoutable Symphonie n°6 est également une très grande réussite. Le chef parvient à faire la synthèse entre le ton mystérieux et décanté du premier mouvement  et la rudesse sarcastique et acide des deux derniers ! L'exigeant « Largo » initial semble flotter dans une apesanteur déjà chargée de noirs nuages annonciateurs des drames historiques à venir quant aux « Allegro » et « Preso » finaux, ils virevoltent dans un ballet d'étincelles musicales et d'ironies acides.

Les données sont simples. Seul Kitaenko (Capriccio) et Vladimir Jurowski (pour la seule Symphonie n°6 chez Pentatone) sont arrivés à un tel degré musical (pour en rester aux références modernes). Le fini technique et instrumental du produit, à prix économique, est une aubaine à ne pas rater car Petrenko est en train de bâtir, pas à pas, la grande intégrale contemporaine de l'œuvre de Chostakovitch à la tête d'un orchestre qui donnerait des leçons aux 95% de nos formations symphoniques francophones.

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Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°6 en si mineur, Op.54 et Symphonie n°12 en ré mineur, Op.112, « L’année 1917 ». Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, direction : Vasily Petrenko. 1 CD Naxos. Référence 8.572658. Enregistré en 2009 et 2010. Notice de présentation en anglais : 69 :38.

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1 commentaire sur “Petrenko et le Chostakovitch des extrêmes !”

  • Michel - Louis LONCIN dit :

    Mon commentaire portera sur la 12ème Symphonie, INJUSTEMENT méconnue et encore plus INJUSTEMENT décriée comme « œuvre de circonstance » … « volontairement bâclée », un « acte de complaisance vis à vis du pouvoir politique », une « concession faite au « régime » … « une des symphonies les plus faible » du compositeur (avec les 2ème et 3ème … ce qui est tout simplement ABSURDE, s’agissant de la 2ème, incroyablement en avance sur son temps et anticipant Györgi Ligeti) etc …

    Selon l’immense majorité (la quasi unanimité, même) des commentateurs et critiques occidentaux, attendu qu’elle a comme sous titre « l’année 1917 » … « tout est dit » : Chostakovitch a « remis çà » avec la célébration musicale des grandes événements révolutionnaires de la Russie : après LA « 1905 » – la 11ème, censée avoir pour objet la première révolution russe noyée dans le sang le 9/22 janvier 1905) -, il « fallait » célébrer LA « Grande » Révolution de 1917 et la « HAUTE » figuré de Vladimir Illich Oulianov dit Lénine …

    Il faudrait déjà s’entendre avec la supposée « 1905 » … composée – comme par hasard – en 1957, quelques mois après la sanglante répression de l’insurrection de Budapest (23 octobre au 10 novembre 1956). Il faut dire que la coïncidence avec les célébrations des 40 ans de la Révolution d’octobre 1917 tombait « à pic » pour permettre à Chostakovitch, sous une apparence d’orthodoxie « révolutionnairement correcte », de délivrer sans en avoir l’air, sous la forme d’un message codé, tout en se glissant dans les habits d’un irréprochable « réaliste socialiste », une protestation à l’encontre du massacre de Budapest … La preuve en a été administrée en 1988 par Zoia Tomachevskaïa, célèbre architecte russe qui connaissait bien le compositeur et a confié à Krzysztof Meyer, biographe du compositeur, qu’il évoquait cette œuvre comme dédiée à la mémoire des victimes de la révolution hongroise …

    S’agissant de LA « 1917 », combien est singulier le fait que, après avoir eu la prétention de composer une œuvre glorifiant symphoniquement et vocalement Lénine pour la célébration du 90ème anniversaire de sa naissance – avril 1960 – (prétention déjà ancienne : maintes fois, il avait annoncé à qui voulait l’entendre parmi les oligarques du régime son intention d’écrire une grande œuvre chorale – symphonie ? oratorio ? en l’honneur du « dieu » tutélaire), il renonce à ce projet … déclarant plus tard que « ce n’est pas un travail aisé que de représenter en musique les bienfaiteurs de l’humanité » … De célébration dédiée à la gloire de Lénine (les mouvements de l’œuvre symphonique et chorale « officiellement » projetée étaient censés s’intituler respectivement « La jeunesse de Lénine », « A la tête de la révolution », « La mort de Lénine » et « Sur la voie tracée par Lénine ») la symphonie se « contentera » d’un cadre plus « modeste » : « Le Petrograd révolutionnaire », « Razliv » (le lieu où Lénine s’est retiré après l’échec de sa première tentative … et qui sonne bien plus comme un introspection de Chostakovitch lui-même), « Aurore » (du nom du cuirassé ayant tiré sur le Palais d’Hiver) et « L’Aube de l’Humanité » … Significatif d’un REFUS de célébrer le « bienfaiteur de l’humanité » Lénine … après avoir refusé d’en faire autant, s’agissant de l’autre « bienfaiteur de l’Humanité », le « petit père des peuples » Staline, avec la 9ème Symphonie … ce qui a failli lui coûter très cher, en 1948 … De Staline, on sait quel portrait Chostakovitch signera dans la 10ème Symphonie …

    Significatif aussi le fait que, pour une célébration de Lénine et de la « GRANDE » Révolution à laquelle l’œuvre est censée procéder, la thématique de la 12ème Symphonie soit à ce point personnelle … à commencer par le très beau thème original à cinq temps, en ré mineur. Chostakovitch intègre dans son corpus thématique des « allusions » à des chants révolutionnaires (le chant « Honte à vous, tyrans » ou la « Varsovienne » ou « Découvrez-vous la tête », largement utilisé dans la 11ème Symphonie) … ceux-ci, à la différence de la 11ème, ne constituant pas le « prétexte thématique » à la composition (il réussit même à intégrer – à quelles fins ? – des motifs de l’Halleluyah du Messie de Haendel !!! … saisissante preuve que ses facultés créatrices ne sont nullement amoindries -). Combien également est symbolique le fait que cette symphonie soit écrite dans cette tonalité de ré mineur … comme la 5ème, celle que Chostakovitch a titrée « Réponse d’un artiste soviétique à de juste critiques » et où, pour la première fois dans son œuvre, muselé par les sbires culturels, il délivre un message codé … qui sera pleinement ressenti à la création par un auditoire en larmes : celle de la TRAGEDIE de la Russie et du DESESPOIR du peuple russe !!!

    Il convient d’avoir à l’esprit les circonstances de la composition (1960-61). Harcelé par Pospielov, un des caciques du Régime agissant sur l’ordre de Khrouchtchev, Chostakovitch va être contraint d’adhérer au Parti communiste. Dans sa biographie consacrée au compositeur, Krzysztof Meyer cite le récit de son ami Isaak Glikman et le désespoir qui le frappa alors). La cérémonie, plusieurs fois remise, eut leu le 14 septembre 1960 et c’est à cette occasion que Chostakovitch osa violer la « profession de foi » obligée (« Tout ce qu’il y a de bon en moi, je le dois au parti communiste et à l’Union soviétique ») en clamant à la face de l’assistance : « à mes parents ») !!! Ceux qui critiquent toujours Chostakovitch feraient bien de reconnaître que sa situation « officielle » lui aura du moins permis maintes fois d’aider matériellement et moralement des collègues …

    Révélatrice, dans ces circonstances, la césure intervenue dans la composition de la 12ème Symphonie (entre la fin 1960 et l’été 1961). Le lieu de cette césure se produit au seuil du Finale, après un Scherzo censé figurer le fameux coup de canon du cuirassé « Aurore » déclenchant la ruée vers le Palais d’Hiver (25 octobre/07 novembre 1917). En fait de « coup de canon », l’auditeur n’a droit qu’à un « pétard mouillé » symphonique (quel contraste avec les climax de la 8ème Symphonie !) … correspondant d’ailleurs à la réalité historique : le coup de canon était … à blanc et la Prise du Palais … une bouffonnerie … aux antipodes de l’héroïcité du film d’Eisenstein !!! Cette césure entre les trois premiers mouvements et le Finale baptisé pompeusement « Aube de l’Humanité » démontre à suffisance à quel point, après avoir si manifestement renoncé à louer Lénine, Chostakovitch entendait non pas célébrer cette « Aube » mais … envoyer une gigantesque baffe en pleine gueule du « Parti » !!! Le thème de « l’Aube » est symboliquement descendant tandis que le deuxième, dansant, fait en quelque sorte du « sur place » … Quant à la Coda … elle renouvelle en plus exemplaire encore la VULGARITE qu’il avait si bien illustrée (à ses risques et périls !) dans la 5ème (on en retrouve le pompiérisme en ces « La » … auquel s’oppose un singulier motif « Mi bémol – Si bémol – Do – Ré » dont la ponctuation obsédante, analogique avec le fameux « DSCH », sa « signature » musicale, doit certainement signifier « quelque chose » en langage musical codé … « Quelque chose » qui nous échappe !!! LA se déploie authentiquement le GENIE de Chostakovitch !!! On « VIT » en effet musicalement les bouffissures d’un Congrès du Parti communiste soviétique (l’œuvre est « prête » pour le XXIIème Congrès) … et nous pouvons désormais transposer cette « pompe » à NOTRE époque, devant n’importe lequel des « Congrès » de NOS partis prétendument … « démocratiques » ou de n’importe lequel DES divers « Sommets » où « posent », gonflés de suffisance et de prétention nos édiles euro-ploutocratiques !!!

    C’est tout le génie de Vasily Petrenko d’en avoir pénétré les arcanes ! Il faut vraiment être russe … c’est-à-dire porter dans son esprit comme dans sa chair un héritage historique TERRIBLE, INCOMPREHENSIBLE POUR et INCOMPRIS par l’Ouest européen au sein duquel est né l’HORREUR socialiste, marxiste et communiste, pour en être capable !!! Je me demande ce que pourrait en déduire un autre génie de la direction d’orchestre russe, Vladimir Jurowski …

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