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Rapprochement Franck – Jongen au piano

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César Franck (1822-1890) : Prélude, Fugue et Variation ; Prélude, Choral et Fugue. Joseph Jongen (1873-1953) : Treize Préludes pour piano op. 69. Hans Ryckelynck, piano. 1 CD Phaedra 92070 « In Flanders’ Fields vol. 70 ». Code barre : 5412327920704. Enregistré du 21 au 23 décembre 2009 en l’Academiezaal de Sint-Truiden, Belgique. DDD. Notices quadrilingues (néerlandais, anglais, français, allemand) bonnes. Durée : 67’02.

 

(1822-1890) et (1873-1953), deux compositeurs nés à Liège : il était donc tentant et tout naturel de les réunir au disque, ce que d’ailleurs l’étiquette belge Phaedra n’a pas manqué de réaliser brillamment ici. Mais il convient de préciser que si Jongen n’a jamais cessé d’admirer et d’interpréter à l’orgue son compatriote, il n’en a en aucun moment été un simple épigone. Son langage musical se forgea à partir de ses affinités avec l’art de Richard Strauss, Vincent d’Indy et Gabriel Fauré, puis Debussy et Ravel dont il adopta un impressionnisme discret et transparent qui, associé aux précédentes influences, détermina en profondeur son style propre et définitif si personnel et aisément reconnaissable.

L’encadrement sur ce disque des Treize Préludes pour piano de Jongen par les deux pages de Franck est révélateur et montre combien le premier s’est affranchi de son aîné, et c’est d’autant plus perceptible que les interprétations impeccables du pianiste gantois sont idéalement différenciées.

Les Treize Préludes pour piano op. 69 (1922) de , que François Rasse qualifiait d’« études transcendantes », sont dédiés à l’excellent pianiste et ami de toujours Émile Bosquet (1878-1959) que Jongen avait connu dès la fondation de la Schola Musicae à Bruxelles en 1905 sous la houlette de la Schola Cantorum de d’Indy. Ces Préludes sont l’un des sommets de l’œuvre pour piano solo de Jongen, et constituent manifestement un hommage – et un clin d’œil ! – à Debussy : si l’auteur de Pelleas a fait suivre chacun de ses Préludes en bas de page de son titre précédé de trois points de suspension, Jongen quant à lui fait précéder chacun des siens en haut de page de son titre suivi de ces mêmes trois points de suspension…

L’impressionnisme des Préludes de Jongen ne s’inspire guère des sensations issues de la nature, mais vient du plus profond des émotions humaines : ils sont bien plus sombres que ceux de Debussy, avec des titres comme Inquiétude, Tourments, Appassionato, Angoisse, Papillons Noirs, mais alternent aussi l’apaisement (Nostalgique, Eau tranquille, Tendresse) et la joie (Airs de Fête).

On a vite fait le tour de la discographie de ces merveilleuses pages : dès le 78 tours, le pianiste franco-belge Tristan Risselin nous en avait proposé deux, Nostalgique et Pour Danser, chez His Master’s Voice ; ensuite sur microsillon ce fut le tour de Philippe De Clercq (Alpha DB88) et Cécile Müller (Pavane ADW7129) d’en proposer une sélection plus généreuse. L’apparition du CD vit également une sélection par l’excellent pianiste américain Gary Stegall (Klavier Records K11032), mais le temps était venu d’une intégrale de la musique pour piano de Jongen, superbement accomplie par Diane Andersen (Pavane), et qui comporte évidemment l’ensemble des Treize Préludes op. 69.

est un habitué du label Phaedra puisqu’il nous y a déjà proposé François Rasse, Bohuslav Martinů, Paul Hindemith, August Verbesselt, Othmar Schoeck (92043), Joseph Jongen, Georges Lonque (92049), Johan Duijck (92054), Frits Celis, Louis Vierne (92060). Il semble bien qu’il soit particulièrement à l’aise dans l’univers poétique de Jongen, car il surclasse haut la main toutes les versions précédentes des Préludes, la réussite étant comparable à celle de Diane Andersen, tout en bénéficiant d’une prise de son nettement supérieure. Nous tenons donc la version la plus aboutie à ce jour de ces pages de Jongen.

Quant aux œuvres de Franck, précisons d’emblée qu’il eût sans doute mieux valu substituer le magnifique mais moins connu Prélude, Aria et Final (1887) au Prélude, Fugue et Variation qui n’est quand même qu’un arrangement pour piano non de la main de Franck, tout habile qu’il soit : en l’occurrence Hans Ryckelynck nous précise qu’il joue une synthèse personnelle basée sur la version pour orgue du compositeur et les célèbres transcriptions des pianistes légendaires Ignaz Friedman et Harold Bauer, mais « en respectant et en gardant autant que possible les détails de la partition originale de Franck. » Il faut bien reconnaître que le résultat est magnifique et fait oublier dans l’instant la destination d’origine de la pièce.

Pour le Prélude, Choral et Fugue (1884), Hans Ryckelynck doit cette fois affronter de redoutables comparaisons, car cette page considérée comme l’une des plus difficiles de tout le répertoire a reçu les honneurs des plus grands pianistes, depuis Alfred Cortot jusqu’à Jorge Bolet, en passant par Arthur Rubinstein et Aldo Ciccolini… Mais Hans Ryckelynck n’a pas à craindre ses devanciers, car ici encore il nous offre une interprétation parfaitement aboutie de ce triptyque dont l’admirable Choral est le cœur poétique. Et c’est bien dans toute sa pureté que Ryckelynck nous restitue le rayonnement de cette œuvre sublime, sans le moindre effet extérieur, marque d’un musicien-pianiste d’exception.

Un disque vraiment superbe, à tous égards, agrémenté d’une splendide huile sur toile du peintre flamand Emile Claus (1849-1924) intitulée Le Châtaignier (1906).

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César Franck (1822-1890) : Prélude, Fugue et Variation ; Prélude, Choral et Fugue. Joseph Jongen (1873-1953) : Treize Préludes pour piano op. 69. Hans Ryckelynck, piano. 1 CD Phaedra 92070 « In Flanders’ Fields vol. 70 ». Code barre : 5412327920704. Enregistré du 21 au 23 décembre 2009 en l’Academiezaal de Sint-Truiden, Belgique. DDD. Notices quadrilingues (néerlandais, anglais, français, allemand) bonnes. Durée : 67’02.

 
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