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Milan. Teatro alla Scala. 27 et 28-X-2011. Alexandre Glazounov (1865-1936) : Raymonda, ballet trois actes sur un sujet de Lydia Pachkoff et Marius Petipa. Chorégraphie et mise en scène : Marius Petipa, reconstruction de Serguej Vikharev. Mise en scène : Orest Allegri, Pëtr Lambin et Konstantin Ivanov. Décors et costumes : Ivan Vsevolozskij, reconstitution de Iren Monti. Lumière : Marco Filibeck. Avec : Olesia Novikova (27) et Francesca Podini (28), Raymonda ; Friedemann Vogel (27) et Gabriele Corrado (28), Jean de Brienne ; Mick Zeni (27) et Andrea Volpintesta (28), Abderam ; Sabina Galasso, la Comtesse de Doris ; Sara Barbieri, la Dame Blanche ; Luigi Saruggia, Henri II de Hongrie ; et le Corps de Ballet du Théâtre de la Scala, avec la participation des élèves de l’école de danse du Théâtre de la Scala. Orchestre du Théâtre de la Scala, direction : Michail Jurowski.

 

Sur la proposition de Makhar Vaziev, l’actuel directeur de la danse de la Scala, Serguej Vikharev a été invité pour proposer une reconstitution de Raymonda selon les annotations Stepanov gardées dans la collection théâtrale de Harvard. Il s’agit donc de la vision la plus fidèle de ce qui a été possiblement créé il y a un siècle, et ce, d’autant plus que les décors et les costumes ont été intégralement repris à partir des dessins et schémas conservés au musée d’état du théâtre de Saint-Pétersbourg. Force est de constater que la réussite est totale.

On ne saurait présenter pleinement en quelques lignes ce qui fait le charme et l’intérêt historique d’une production dont le Théâtre de la Scala a pris le risque considérable de relever, avec des moyens absolument considérables : on dénombre pas moins de soixante dix danseurs et danseuses sur scène, accompagnés des figurants (comme une dizaine de figures allégoriques telles que des renommés, trompettes à la main, ou des gloires, lauriers cernant la tête), et surtout on est ébloui de la participation des élèves de l’école de danse : sollicités comme des danseurs à part entière, ils interviennent dans les trois actes du ballet, avec une partition chorégraphique qui n’a rien à envier à celle de leurs aînés, et avec un professionnalisme sidérant.

Les décors et les costumes sont d’une richesse assez rare, pas nécessairement dans l’opulence vulgaire et dans la recherche facile d’effets inutiles ; en réalité, en utilisant une gamme chromatique des couleurs parfois même peu usitées (un jaune canari, un rose bonbon ou un marron terreux ne semblant pas forcément des plus attractifs), les costumes et l’utilisation des tutus longs déploient la rutilance et le chatoiement des étoffes avec un rendu des plus séduisants, sans oublier que même dans le corps de ballet, aucun costume ne se ressemble et ils sont chacun complémentaires, notamment entre les couples.

En cela, la diversité des décors laisse la place à une temporalité plus lente et moins agressive que dans des ballets où les danseurs courent après les pas. En développant les danses de caractère (sur deux actes, on recense des danses de jongleurs, de moriscos, de sarrazins, de panaderos, une rhapsodie, une palotás, mazurka, etc.), en étoffant les grand pas de multiples variations, qui sont chaque fois interprétées par des artistes différents (ainsi, Clémence et Henriette sont des actrices de pantomime et ne mettent pas les pointes durant ce ballet), et en plaçant de grandes scènes de pantomime (où sont présentes la Comtesse Doris et la Dame Blanche), il y a une forte impression d’assister à un ballet impérial tel qu’on en l’avait jamais vu.

A cet égard, les rôles masculins correspondent à la place qui leur était laissée dans les ballets de Petipa : un porteur fidèle. S. Vikharev a quand même fourni une variation à Jean de Brienne, qui laisse peu de temps à une réelle appréciation du danseur, le rôle d’Abderahman étant purement dévolu à la pantomime. Le corps de ballet prend alors l’ampleur qui permet à la ballerine de briller. possède la plénitude et l’humilité d’une jeune princesse qui attend le retour des Croisades et son destin dans son mariage avec Jean de Brienne. Elle se joue des efforts techniques (en rajoutant même une série d’entrechats quatre sur pointes…), se situant dans la lignée des étoiles pétersbourgeoises. Francesca Podini, qui prenait le rôle, avait un trac perceptible mais qui s’est amendé lors de la soirée. Le corps de ballet est des plus convaincants, et de nombreuses variations nous rappellent qu’il existe aussi une école de danse italienne. Par ailleurs, La Scala a démontré sa légitimité internationale en proposant  pas moins de cinq Raymonda différentes pour dix représentations.

Comme une réminiscence d’un ballet perdu, on est confronté à une version dix-neuvièmiste de l’idée que l’on se faisait du Moyen-Âge et de la période de constitution des grands empires ; et en vertu des grandes fresques narratives, l’on ne peut que souhaiter, en regard d’une telle qualité, la poursuite de reconstruction des ballets impériaux.

Crédit photographique :  et M. Zeni ;  O.Novikova F. Vogel © Brescia-Amisano Teatro alla Scala

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Milan. Teatro alla Scala. 27 et 28-X-2011. Alexandre Glazounov (1865-1936) : Raymonda, ballet trois actes sur un sujet de Lydia Pachkoff et Marius Petipa. Chorégraphie et mise en scène : Marius Petipa, reconstruction de Serguej Vikharev. Mise en scène : Orest Allegri, Pëtr Lambin et Konstantin Ivanov. Décors et costumes : Ivan Vsevolozskij, reconstitution de Iren Monti. Lumière : Marco Filibeck. Avec : Olesia Novikova (27) et Francesca Podini (28), Raymonda ; Friedemann Vogel (27) et Gabriele Corrado (28), Jean de Brienne ; Mick Zeni (27) et Andrea Volpintesta (28), Abderam ; Sabina Galasso, la Comtesse de Doris ; Sara Barbieri, la Dame Blanche ; Luigi Saruggia, Henri II de Hongrie ; et le Corps de Ballet du Théâtre de la Scala, avec la participation des élèves de l’école de danse du Théâtre de la Scala. Orchestre du Théâtre de la Scala, direction : Michail Jurowski.

 
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