La Scène, Opéra, Opéras

A Cologne, une superbe Clémence de Titus

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Cologne. Oberlandesgericht, 12-XI-2011. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La Clemenza di Tito, opera seria en 2 actes sur un livret de Pietro Metastasio. Mise en scène : Uwe Eric Laufenberg. Décors : Tobias Hoheisel. Costumes : Antje Sternberg. Lumières : Nicol Hungsberg. Avec : Lothar Odinius, Tito Vespasiano ; Regina Richter, Sesto ; Tatiana Larina, Vitellia ; Adriana Bastidas Gamboa, Annio ; Maike Raschke, Servilia ; Yong Doo Park, Publio. Chœur de l’Opéra de Cologne (chef de chœur : Andrew Ollivant). Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Konrad Junghänel

L’Opéra de Cologne ne cesse de bouger. Après une ancienne structure industrielle et un temple protestant, il fait, cette fois, escale dans l’escalier monumental d’un tribunal. Et, à vrai dire, y a t-il un lieu plus propice à la Clémence de Titus, opéra traitant essentiellement de trahison et de droit ? De surcroît, l’architecture du bâtiment, datant pourtant du 1911, semble nous plonger aux temps de Mozart.
Voilà donc un décor naturel des plus impressionnants comme aucun décorateur ne saurait en imaginer qui offre, en plus, mille et une possibilités au metteur en scène. Et Uwe Eric Laufenberg sait profiter de l’occasion pour nous offrir une direction d’acteur fouillée et prenante. Solistes et chœur se retrouvent tantôt en haut tantôt en bas, le contact avec le chef étant assuré par des écrans fixés à maints endroits. Cette opera seria tardif n’a donc plus rien de statique, les élégants costumes contemporains lui conférant un aspect moderne tout à fait bienvenu. Et le public – dispersé sur différentes « tribunes » à tous les niveaux du grand escalier – se retrouve en quelque sorte au milieu de l’action.

Mais la réussite est aussi musicale. , chef expert dans le répertoire baroque et classique, nous offre une lecture pleine de verve, mais aussi de tendresse – et cela, malgré l’acoustique assez réverbérée du lieu. L’entente avec le Gürzenich-Orchester semble parfaite, d’autant plus que solistes de l’orchestre brillent de tous feux dans les airs à instrument obligé. Lothar Odinius campe un Titus plutôt lyrique, bien phrasé et nuancé, faisant preuve, néanmoins, d’une belle vaillance dans « Se all’impero ». A ses côtés, Regina Richter s’avère un Sesto de toute première classe. Cette fidèle troupière de l’Opéra de Cologne, qui aurait mérité, depuis longtemps, une carrière internationale, ajoute un autre portrait fascinant au palmarès des rôles interprétés ces dernières années (Dorabella, Octavian, Gutrune, Hänsel, Orlofsky, Rosina). Dotée d’une voix de mezzo homogène sur toute la tessiture, se jouant des difficultés de la partition, elle incarne un jeune homme enflammé, éperdument amoureux, puis rongé par le remords. Pour Vitellia, l’Opéra de Cologne, a fait appel à la très jeune soprano géorgienne Tatiana Larina – et nous n’hésitons pas à parler d’une véritable révélation. Belle comme il le faut pour ce rôle de séductrice, elle nous offre une lecture scénique et musicale d’une étonnante maturité. Sans aucune difficulté elle domine la tessiture meurtrière du rôle, allant du ré suraigu au sol grave, tout en faisant preuve d’une riche palette de couleurs et de nuances.

Annio est chanté par Adriana Bastidas Gamboa, autre troupière, qui devrait faire son chemin. Son timbre sombre et charnu fait merveille dans ce rôle de travesti sans que les aigus du deuxième air la mettent en danger. Nous sommes un peu moins enthousiastes quant à Maike Raschke, Servilia certes lumineuse, dont la jolie voix de soprano devrait, pourtant, encore se libérer dans le registre aigu. Yong Doo Park, enfin, membre de l’Atelier Lyrique de l’Opéra, fait entendre une voix de basse d’une belle couleur ronde et chaude, mais devrait encore travailler sans italien pour mieux réussir les récitatifs.

Le public à la fin applaudit chaleureusement chef et solistes tout en réservant une véritable ovation à .

Crédit photographique : Chœur et solistes  © Paul Leclaire

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Cologne. Oberlandesgericht, 12-XI-2011. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La Clemenza di Tito, opera seria en 2 actes sur un livret de Pietro Metastasio. Mise en scène : Uwe Eric Laufenberg. Décors : Tobias Hoheisel. Costumes : Antje Sternberg. Lumières : Nicol Hungsberg. Avec : Lothar Odinius, Tito Vespasiano ; Regina Richter, Sesto ; Tatiana Larina, Vitellia ; Adriana Bastidas Gamboa, Annio ; Maike Raschke, Servilia ; Yong Doo Park, Publio. Chœur de l’Opéra de Cologne (chef de chœur : Andrew Ollivant). Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Konrad Junghänel

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