Avec Jaroussky, feux d’artifice à l’Arsenal

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Metz. Arsenal. 16-XI-2011. Georg Friedrich Haendel (165-1759) : prélude en la majeur, pour clavecin (arr. Jeannette Sorell) et chaconne extraite de Il Parnasso in Festa ; aria « Agitato da due tempeste », extrait de Oreste ; récitatif et aria « Ho perso il caro ben », extrait de Il Parnasso in Festa ; aria « Se potessero i sospir miei », extrait de Imeneo ; aria « Con l’ali di costanza », extrait de Ariodante ; Antonio Vivaldi (1678-1741) : concerto pour deux violoncelles, en sol mineur RV 531 ; concerto grosso « La Folia », d’après la sonate n°12 (arr. Jeannette Sorell) ; aria « Se mai senti spirarti sul volto », extrait de Catone in Utica ; aria « Vedrò con mio diletto », extrait de Giustino ; aria « Fra la procelle », extrait de Tito Manlio. Avec : Philippe Jaroussky, contreténor. Apollo’s Fire, direction : Jeannette Sorrell

Il est difficile de concevoir un art du chant plus accompli que celui de , autant dans la vocalisation rapide que dans le chant tendre et élégiaque. À ce titre, le concert de l’Arsenal aura été une nouvelle démonstration de virtuosité, dans tous les sens du terme. Les airs les plus vifs auront comme à l’accoutumée fait valoir la précision inouïe des attaques, la souplesse inégalable de la vocalise – incroyable « Con l’ali di costanza » d’Ariodante –, même s’ils laissent également percevoir, notamment dans le haut du registre, ce qui pourrait bien devenir dans les prochaines années une certaine aigreur du timbre, surtout lorsque Jaroussky, dont la voix reste finalement de taille assez modeste, force un peu sur le volume. Le « Venti turbini » de Rinaldo, donné en deuxième bis, le montrerait presque à la limite de ses moyens. Ce n’est donc pas encore demain – si un jour… – que notre contreténor national interprétera les grands rôles héroïques du répertoire haendélien, les Rinaldo, Giulio Cesare, etc. Ce serait en tout cas mal avisé pour le moment, d’autant que le marché ne manque pas de jeunes contreténors – Cencic, Fagioli… – à la carrure vocale plus robuste et au tempérament dramatique plus affirmé. Le retrait, dans une salle de la taille de l’Arsenal, de l’air pourtant annoncé « Nel profondo cieco mondo » de l’Orlando Furioso de Vivaldi, semble confirmer que Jaroussky, dont on a encore en mémoire l’ineffable Medoro, contrôle parfaitement ses choix de répertoire et l’adéquation de ce dernier au lieu où il se produit.

Car c’est dans le chant de l’amoureux transi, dans l’évocation des douces extases langoureuses comme par exemple celles de Serse, dans un indicible « Ombra mai fu » donné en troisième bis, ou bien celles de Cesare dans le sublime « Se mai senti spirarti sul volto » de Catone in Utica, que Jaroussky se montre à son meilleur. Le contrôle absolu du souffle, la vibration et la coloration toujours maîtrisées du timbre, cette fabuleuse messa di voce dont on croyait que seule Cecilia Bartoli avait de nos jours le secret, tout cela fait de Jaroussky le contreténor idéal aujourd’hui pour l’interprétation d’airs comme « Vedrò con moi diletto » de Giustino – morceau devenu quasiment un « tube » depuis la légendaire association avec Spinosi… – ou l’« Alto Giove » du Polifemo de Porpora, autant de pages qui réclament pour toucher le cœur un chant extatique parfaitement contrôlé, et dans lesquelles Jaroussky se montre aujourd’hui sans rival.

L’ensemble baroque de Cleveland , dont c’est la première tournée en France, a déçu en première partie, notamment pour sa restitution plutôt terne du concerto pour deux violoncelles de Vivaldi. La deuxième partie du programme a davantage convaincu, la solarité vivaldienne convenant peut-être mieux au jeune ensemble que les complexités haendéliennes. L’adaptation pour orchestre de la sonate en trio « La Folia », si elle n’est pas un monument de subtilité, aura néanmoins contribué à chauffer et à enthousiasmer la salle, déjà conquise par son chanteur-star. Le mérite principal de l’ensemble aura finalement été d’offrir à Jaroussky un bel écrin, sans toucher néanmoins à l’osmose parfaite autrefois trouvée, notamment dans cette salle, avec Spinosi et l’ensemble Matheus. Une lecture orchestrale directe et efficace, donc, sachant toujours accommoder le soliste, mais qui peine parfois à renouveler et à stimuler le discours musical.

Crédit photographique : © Simon Fowler

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