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Onéguine au Palais Garnier : Je t’aime moi non plus

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Paris. 21-XI-2011. Palais Garnier. Ballet de l’Opéra national de Paris : Onéguine. Livret de John Cranko, d’après le roman Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine. Musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Arrangements et orchestration : Kurt-Heinz Stolze. Chorégraphie et mise en scène : John Cranko. Décors et costumes : Jurgen Rose. Lumières : Steen Bjarke. Orchestre Colonne, Direction : James Tuggle. Avec : Mathieu Ganio, Onéguine ; Isabelle Ciaravolo, Tatiana ; Florian Magnenet, Lenski ; Muriel Zusperreguy, Olga, Béatrice Martel, Madame Larina ; Natacha Gilles, La Nourrice ; Christophe Duquenne, Le Prince Grémine

Eugène Onéguine, manifeste de la littérature romantique, fut chorégraphié en 1965 par pour le Ballet de Stuttgart. Le ballet est entré au répertoire de l’Opéra de Paris en 2009. Cette pièce en trois actes constitue assurément l’une des plus belles réussites du chorégraphe sud-africain. Son Onéguine, qui joue sur les thèmes de la passion tourmentée, de l’honneur et des regrets, n’a pas pris une ride.

La distribution de ce soir réunissait , qui fut nommée danseuse étoile sur ce ballet, et , dont on attendait avec intérêt la prise de rôle dans le rôle d’Eugène Onéguine.

Onéguine est un jeune aristocrate russe désœuvré, qui traîne son ennui et son cynisme de fêtes moscovites en voyages. campe un personnage convaincant. Son sens aigu de la théâtralité sert intelligemment l’intrigue. Blasé, fatigué de tout et misanthrope, il a une haute opinion de lui-même et par conséquent, une piètre opinion des autres. On se prend à sourire lorsque, sarcastique à souhait, il examine le roman à l’eau de rose dont se nourrit l’imaginaire de Tatiana. On tremble devant la fatuité et le cynisme avec lequel il repousse l’amour de cette dernière, en qui il ne voit qu’une petite provinciale mièvre. Son Onéguine est également un homme désespéré qui s’arme d’ironie et de distanciation pour affronter le monde. porte le poids des regrets avec une sensibilité éloquente. Le lyrisme de sa danse esquisse un océan de spleen. Une prise de rôle réussie pour le danseur étoile.

Sa partenaire, , interprète le rôle de Tatiana, une jeune fille naïve et romanesque qui se consume d’amour pour Onéguine. La danseuse étoile, très inspirée, caractérise nettement son personnage, sans craindre d’apparaître, parfois, mélodramatique. Elle exacerbe le côté ingénu de l’héroïne. Il faut la voir se languir sur scène, exacte image de la grâce, devant ce bel étranger égoïste et indifférent. La froideur de son partenaire tranche avec une passion qu’elle ne cherche pas à dissimuler. La force de son interprétation ne fait que s’accroître au fil de la progression dramatique. L’étoile corse n’est jamais plus belle que lorsqu’elle souffre. Elle est bouleversante dans le troisième acte.

, premier danseur, interprète le poète Lenski. Ce danseur aux nombreuses qualités, tant artistiques que techniques, gagnerait cependant à se débarrasser de ce sourire figé qui nuit à son interprétation. campe une charmante Olga, vive et insouciante. Les ensembles parfaitement rôdés du corps de ballet sont particulièrement mis en valeur. La très belle partition, composée d’extraits d’œuvres de Tchaïkovski, fait écho aux sentiments des personnages. Seule ombre au tableau : l’interprétation de l’, qui nous gratifia de quelques fausses notes au cours de la soirée.

Tatiana la rêveuse, la soumise, acquiert au troisième acte une force dont on ne l’aurait pas cru capable. Elle trouve sa vengeance en se refusant à celui qui lui déclare enfin sa flamme. En dépit de son mariage avec le Prince Grémine, elle aime toujours Onéguine, mais sait qu’elle ne trouvera jamais le bonheur auprès de cet homme qui ne lui inspire plus aucun respect. Je t’aime moi non plus.

Crédit photographique : Mathieu Ganio et Isabelle Ciaravola © Michel Lidvac / Opéra national de Paris

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Paris. 21-XI-2011. Palais Garnier. Ballet de l’Opéra national de Paris : Onéguine. Livret de John Cranko, d’après le roman Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine. Musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Arrangements et orchestration : Kurt-Heinz Stolze. Chorégraphie et mise en scène : John Cranko. Décors et costumes : Jurgen Rose. Lumières : Steen Bjarke. Orchestre Colonne, Direction : James Tuggle. Avec : Mathieu Ganio, Onéguine ; Isabelle Ciaravolo, Tatiana ; Florian Magnenet, Lenski ; Muriel Zusperreguy, Olga, Béatrice Martel, Madame Larina ; Natacha Gilles, La Nourrice ; Christophe Duquenne, Le Prince Grémine

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