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Programme viennois de Shaham et Eschenbach

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 28-III-2012. Anton Webern (1883-1945) : Passacaglia op.1. Alban Berg (1885-1935) : Concerto pour violon « A la mémoire d’un ange ». Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°6 en la majeur. Gil Shaham, violon. Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach

Pour le retour, semble-t-il maintenant régulier, de à la tête de l’orchestre qu’il dirigea pendant dix ans, jusqu’en 2010, un fort beau programme entièrement viennois nous était proposé, s’étirant néanmoins sur plus d’un demi siècle entre la symphonie de Bruckner de 1881 et le concerto de Berg créé en 1935. Ce dernier s’inscrivait dans le cycle en cours consacré par aux concertos des années 30, qui se poursuivra la saison prochaine dans cette même salle.

A l’évidence, les deux pièces estampillées Ecole de Vienne furent jouées dans le même esprit et le même style par le chef et son orchestre qui en firent ressortir l’aspect brillant et spectaculaire, d’un romantisme réel mais volontiers mahlérien, autre immense référence viennoise, dans la façon de traiter l’orchestre mais pas tant que ça dans le ton sans doute un peu trop univoque et lumineux généralement employé. Si on regretta forcément que le début en pizzicato de la Passacaille fût inaudible (donc malheureusement inutile !), on apprécia la progression en crescendo qui suivit, culminant dans le premier sommet tumultueux de l’œuvre, bruyant et maitrisé à la fois, nous faisant déjà deviner que ces moments extatiques allaient être les sommets expressifs visés par le chef. Et ils le furent, avec une constance imperturbable, et une réelle logique musicale, ce qui leur conféra toute leur importance. Pour autant un peu plus de tension, de tenu et d’expression dans les passages plus délicats aurait apporté un meilleur contrepoids à ces sommets de puissance, et un meilleur équilibre à ces œuvres.

Mais il faut reconnaitre que le jeu de dans le concerto de Berg était parfaitement en phase avec cette optique, qui n’a donc sûrement pas été choisie par hasard. Cela donna un caractère volontaire et lumineux à cette œuvre, tout en lui retirant sa fêlure mortifère en référence à la disparition prématurée de la fille d’Alma Mahler et de Walter Gropius, événement qui marqua très fortement la composition de ce concerto. Ainsi peut-on dire que les interprètes se sont réapproprié cette œuvre devenue classique, et lui ont donnée une nouvelle vie sans la marquer indéfiniment du sceau de la mort. Du moins c’est ainsi que nous avons perçu cette version, qui, ayant perdu son caractère funèbre n’est pas devenue guillerette pour autant, car elle conserva une rigueur et un sérieux constant, et fut surtout formidablement habitée par l’archet vivant et inventif de , très attentif aux phrasés, sans parler de la qualité du son de son Stradivarius. Le public put d’ailleurs en profiter avec deux bis dont le traditionnel, puisqu’il s’agit encore de Bach et toujours de la Sarabande de la Partita n°2, était compensé par un jeu brillant et fortement ornementé changeant de la sobriété éthérée habituelle, avant d’attaquer avec fougue un ultra virtuose Allegro assai final de la Sonate n°3 qui déchaina l’enthousiasme du public.

La Symphonie n°6 de Bruckner qui suivit nous paru bien moins intéressante car moins maitrisée, moins directive, et moins tenue orchestralement. C’est un peu trop pour réussir à convaincre dans une œuvre difficile, comme toujours chez Bruckner. La forme sonate multithématique a tendu son piège classique aux interprètes qui doivent éviter toute lourdeur, toute sensation de répétition dans la présentation des thèmes entre l’exposition, le développement et la récapitulation, le tout sans jamais perdre la ligne musicale dans les tutti où les motifs s’enchevêtrent volontiers. Sur ces points, cruciaux, l’interprétation de ce soir nous a laissé sur notre faim avec des thèmes majestueux, rythmiques ou lyriques insuffisamment différenciés, et évoluant trop peu entre leurs apparitions, n’étant pas poussés à leur paroxysme expressif dans le développement. Et des phrases qui, passant d’un groupe d’instruments à un autre en profitaient parfois pour disparaitre. Finalement seul l’engagement constant de l’orchestre était réellement à retenir de cette version franchement en deçà du potentiel de l’œuvre.

Crédit photographique : Gil Shaham © Christian Steiner

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