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Schumann Thielemanesque avec le Philharmonique de Vienne

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 23-IV-2012. Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture, Scherzo et Finale pour Orchestre op.52 ; Symphonie n°1 en si bémol majeur op.38 « Le printemps » ; Fantaisie pour violon et orchestre en ut majeur op.131 ; Symphonie n°4 en ré mineur op.120. Rainer Küchl, violon. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Christian Thielemann

Thielemann Christian©Münchner PhilharmonikerPour son concert de printemps au Théâtre des Champs-Élysées où il a établi résidence annuelle, l’ retrouvait pour un programme tout Schumann le chef avec lequel, il y a un peu plus d’un an, il réalisait en cette même salle une intégrale des symphonies de Beethoven assez passionnante même si contrastée dans la réussite de chaque opus. Qu’allait-il en être avec Schumann ? Allions-nous retrouver le Thielemann inspiré du second concert Beethoven ou celui plus discutable du premier  ? Réponse … un peu des deux.

Et d’ailleurs comme pour la série Beethoven, une dichotomie, cette fois entre avant et après l’entracte, se manifesta, avec une première partie nettement plus convaincante voire passionnante que la seconde. Tout commença avec Ouverture, Scherzo et Finale où imposa immédiatement son empreinte en même temps que l’orchestre montrait de quel bois il se chauffe, devrait-on dire de « quelles cordes », car celles-ci allaient s’y montrer époustouflantes. La bonne nouvelle était que, contrairement au début de l’intégrale Beethoven sus citée, les bois et les cuivres n’étaient nullement laissés au second plan et prenaient toute leur place, avec une intensité de ton et de phrasé idéale, et une beauté sonore exceptionnelle. Ainsi, dès l’Ouverture, nous comprîmes que l’orchestre allait sans doute nous offrir une de ces performances mirobolantes dont il a le secret. De son côté le chef fit ce qu’on pourrait appeler familièrement « du Thielemann dans le texte », c’est-à-dire une direction toute en souplesse, où rubato et adaptations de tempo étaient monnaie courante, où l’intensité des phrasés n’avait peur de rien, où la dynamique du grand orchestre allait jouer à fond, où l’animation était permanente alors que la barre de mesure volait en éclat. Le risque avec ce type d’interprétation, est de trop en faire ou de se trouver à contre-sens de la musique et il faut donner crédit à ce chef de prendre ce risque et de l’assumer pleinement, faisant de ses concerts des moments uniques, qu’on aime ou qu’on n’aime pas, c’est une autre histoire. Et pour revenir à notre Schumann du jour, il faut reconnaître que le chef a poussé cette logique aussi loin qu’il était sans doute possible. Dans les trois mouvements de Ouverture, Scherzo et Finale ou dans les quatre de la Symphonie n°1 cela fonctionnait superbement, aucun des choix interprétatifs du chef ne nous sembla à l’envers de la musicalité, les proportions et relations tension détente parfaitement respectées, et pour peu qu’on ne fasse pas de blocage sur cette esthétique et qu’on se laisse porter par le flot, on pouvait trouver une réelle jouissance à entendre cette superbe musique ainsi jouée. Bien sûr on pourra objecter que la Symphonie n°1 n’était pas très « printanière » car peut-être un peu trop puissamment soutenue, et on aura raison, mais elle avait une réelle force de conviction qui lui donnait une solide cohérence et en faisait oublier le sous-titre.

Néanmoins le risque du trop plein existait bel et bien, et si nous avons trouvé que la Symphonie n°1 y avait échappé, ce qui fonctionnait sans heurt avant l’entracte frottait légèrement aux entournures après, en particulier dans la Symphonie n°4. Mais avant cela nous étions invités à entendre la plus rarement jouée Fantaisie pour violon et orchestre, occasion d’entendre le konzertmeister des Philharmoniker, Rainer Külch, qui quitta donc son poste pour la place de soliste, et qui occasionna un petit jeu de chaises musicales avec la montée d’un cran de toute la hiérarchie des premiers violons. L’œuvre, délicate et franchement en-dessous en terme d’inspiration et de réussite par rapport aux trois autres pièces du programme, restera le moment faible de ce concert, d’autant que la prestation du soliste ne fut pas spécialement captivante, semblait manquer d’imagination et même de justesse. Reprenant sa place de konzertmeister pour la symphonie conclusive, Rainer Külch se montra plus convaincant dans le solo de violon du second mouvement Romanze, mais se fit quand même voler la vedette par le violoncelle solo. Le chef ne réussit pas à instaurer un climat expressif captivant lors de l’introduction Ziemlich langsam (assez lent) et son interprétation alterna moments magiques qui s’imposaient d’eux-mêmes et passages moins convaincants, soit par des choix de tempo un peu lent, soit par des ruptures de flux manquant de fluidité ou d’évidence. Mais, même compte tenu de ces quelques réserves, cette interprétation était intéressante à entendre. Et fut superbement exécutée par des Wiener Philharmoniker des grands jours. De fait, on ne connait pas beaucoup d’orchestres qui auraient été capables de suivre aussi bien et fidèlement la direction extrêmement mobile du chef.

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 23-IV-2012. Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture, Scherzo et Finale pour Orchestre op.52 ; Symphonie n°1 en si bémol majeur op.38 « Le printemps » ; Fantaisie pour violon et orchestre en ut majeur op.131 ; Symphonie n°4 en ré mineur op.120. Rainer Küchl, violon. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Christian Thielemann

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