Un chef d’orchestre venu du Japon pour le National de France

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 03-V-2012. Serge Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en ut mineur. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°5 en mi mineur. Nikolai Demidenko, piano. Orchestre National de France, direction : Ken-Ichiro Kobayashi

Précédé par beaucoup de rumeurs sur l’état de santé de Kurt Masur, directeur musical honoraire de l’, ce concert s’annonçait curieux à cause de la présence d’un chef d’orchestre japonais totalement inconnu en France, Ken-Ishiro Kobayashi. La carrière de ce chef, qui se déroule essentiellement dans son pays natal (Japan Philharmonic, Nagoya Philharmonic et Tokyo College of Music) et en Europe centrale (Orchestre d’Etat de Hongrie et Philharmonie Tchèque), n’a qu’exceptionnellement connu la France.

Les accords forts au piano du Concerto n° 2 de Rachmaninov préludent clairement à une interprétation très passionnante mais peu sensuelle de . Tout au long de son exécution le pianiste garde un jeu très vigoureux au détriment de l’élan et de l’inspiration post-romantique. En fait, dès le premier mouvement, derrière la virtuosité du piano, les instruments de l’orchestre dialoguent, se questionnent mais les échanges avec le soliste ne produisent pas beaucoup de frissons. Le coté russe voire viril et puissant du pianiste l’emporte sur le lyrisme et sur la souplesse au point que même le deuxième mouvement lent, parfois considéré un peu trop affecté, n’arrive pas à mettre en lumière sa sensibilité. La longue rêverie imaginée par Rachmaninov est brisée par un bref orage après lequel pas beaucoup de douceur. Si le dernier mouvement laisse émerger entièrement la dextérité de ce pianiste, ses nombreux accellerandi perturbent visiblement l’orchestre avec comme résultat une sensation de décalage et de manque de clarté sonore. Le piano est trop éloquent et le son parfois percuté dénonce une manque de finesse interprétative.

Au deuxième entracte, la direction de la Symphonie n° 5 de Tchaïkovski révèle, de la part de , une lecture inédite autant courageuse pour les tempi engagés qu’expressive et tumultueuse. Cette symphonie bâtie sur le retour cyclique du thème du destin qui frappe à la porte, se présentait pour l’orchestre tel un défi : épouser la vision du chef japonais oubliant l’interprétation de Kurt Masur dont les musiciens étaient certainement imprégnés.  La direction de Ken-Ishiro Kobayashi est vigoureuse et très dynamique ; malgré sa petite taille il s’approprie l’espace avec un geste ample, clair et très décis. Sa gestuelle émane d’un charisme original et guide le public dans l’écoute. Si la mélodie noble du cor dans le deuxième mouvement emporte l’auditorium pour sa veine pathétique, le dernier est, avec sa charge de dramatisme sonore, incontestablement le plus envoutant. Volumes sonores, variété de rythmes et de couleurs, nuances exaspérées mais surtout une grande clarté de timbres valent bien les dix-minutes d’applaudissements. L’élégance et la rigueur propre au monde japonais se révèle ultérieurement dans les multiples remerciements du chef à l’Orchestre et dans la grande révérence qu’il arrive à engager avec les instrumentistes !

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