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Kabuki : des samouraïs au Palais Garnier

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Paris. Palais Garnier. 18-V-2012. Compagnie invitée : The Tokyo Ballet. Kabuki, un ballet de Maurice Béjart. Musique : Toshiro Mayuzumi. Chorégraphie : Maurice Béjart. Décors et costumes : Nuno Corte-Real. Lumières : Tatsuo Takasawa. Réalisation sonore : Fumitake Ichikawa. Musique enregistrée

Kabuki fut créé en 1986 par pour le . L’histoire des 47 ronins s’appuie sur des événements historiques : la légende raconte comment ces samouraïs furent condamnés au suicide rituel (le « seppuku ») pour avoir vengé l’honneur de leur maître injustement déchu. Le chorégraphe s’est emparé du mythe en s’attachant à souligner la pérennité des valeurs séculaires – honneur, fidélité et dévouement – qui en constituent le fondement.

Selon , directeur du à l’origine de la commande, il a fallu beaucoup d’audace pour créer cette œuvre : « Le ballet d’origine occidentale et le théâtre kabuki de tradition japonaise donnent à première vue l’apparence d’être comme l’huile et l’eau qui jamais ne se mélangent. Mais aujourd’hui, nous vivons à une époque où la tradition de la cuisine japonaise est intégrée à la cuisine française, et la façon dont allait cuisiner ce ballet (…) était un sujet d’un intérêt inépuisable ». Béjart a voulu associer le vocabulaire de la danse classique et la gestuelle traditionnelle du théâtre kabuki. Un métissage pas forcément heureux. Son Kabuki est un ballet riche en couleurs, en sons traditionnels japonais et en péripéties. Une œuvre qui bénéficie d’un réel raffinement dans la mise en scène, avec un sens de l’esthétisme indéniable. Et pourtant, la sauce ne prend pas intégralement, surtout durant la première partie du ballet.

Ainsi de la scène d’ouverture, avec un prologue qui fait la part belle aux stéréotypes. Sur la scène nous est dépeint un Tokyo contemporain via des écrans de télévision sur lesquels défilent des images caricaturales. Le tout accompagné d’une musique indigeste qui nous rappelle étrangement les séries japonaises de superhéros de notre petite enfance… Le clivage inter-générationnel est lui dépeint à la manière d’une image d’Épinal, avec la confrontation entre le Japon traditionnel (symbolisé par le port du kimono) et le Japon moderne (figuré cette fois par le port du blouson de cuir et des jeans).
Au milieu de ces outrances narratives, de belles surprises émergent cependant. Tout d’abord en la personne de , beau danseur longiligne aux lignes très occidentales. La gestuelle, ensuite, qui d’emblée, attise la curiosité. Béjart joue sur les oppositions et privilégie les mouvements amples et nerveux. C’est inhabituel, mais cela fonctionne plutôt bien.

L’intrigue, qui révèle un bel effort imaginatif, manque cependant de lisibilité : le spectateur a beaucoup de mal à comprendre tout ce qui se passe sur scène. Il est dommage que cette surabondance d’action et de personnages détourne l’attention de l’essentiel. L’essentiel, ce sont les somptueux solos de , toute de violet et rouge vêtue, qui interprète Dame Kaoyo Gozen l’épouse d’Enya Hangan. Sublimes aussi sont les scènes de groupe féminines où le kimono devient un accessoire prétexte à un exotisme certes facile, mais néanmoins efficace. On ne manquera pas de souligner les très nombreuses qualités du corps de ballet féminin, et notamment la délicatesse de leurs ports de bras, ainsi que leur travail impeccable du bas de jambe. Les ensembles masculins, parfaitement huilés, constituent un autre point fort du ballet : puissance et haut degré de maîtrise de la pantomime les caractérisent. Les figures empruntées aux arts martiaux participent au mélange des genres. La scène finale, d’une rare intensité, est une vraie réussite.

Si l’on peut émettre certaines réserves quant au ballet lui-même, on ne peut qu’être enthousiasmé par le très haut niveau de la compagnie. On peut néanmoins déplorer que le Tokyo Ballet s’exporte uniquement avec des blockbusters européens. Une compagnie si inspirante mérite un répertoire japonais bien à elle. Le défi est lancé.

Crédit: Kiyonori Hasegawa / Tokyo Ballet

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Paris. Palais Garnier. 18-V-2012. Compagnie invitée : The Tokyo Ballet. Kabuki, un ballet de Maurice Béjart. Musique : Toshiro Mayuzumi. Chorégraphie : Maurice Béjart. Décors et costumes : Nuno Corte-Real. Lumières : Tatsuo Takasawa. Réalisation sonore : Fumitake Ichikawa. Musique enregistrée

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