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Ernest Ansermet entre Suisses

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Arthur Honegger (1892-1955) : Symphonies n°2 pour cordes et trompette ad libitum, n°3 « Liturgique », n°4 « Deliciae Basilienses » ; Pacific 231, mouvement symphonique n°1 ; Le Roi David, psaume dramatique ; Une Cantate de Noël, pour baryton solo, voix d’enfants, chœur mixte, orgue et orchestre. Frank Martin (1890-1974) : In Terra Pax, oratorio breve. Stéphane Audel, récitant. Suzanne Danco, Ursula Buckel, sopranos ; Marie-Lise de Montmollin, Pauline Martin, mezzo-sopranos ; Marga Höffgen, contralto ; Michel Hamer, Ernst Haefliger, ténors ; Pierre Mollet, baryton ; Jakob Stämpfli, basse ; Union Chorale, Chœur des Dames de Lausanne (chef de chœurs : Robert Mermoud) ; Chœur des Jeunes de l’Église Nationale Vaudoise ; Chœur des Jeunes, Lausanne ; Chœur de Radio Lausanne ; Le Petit Chœur du Collège de Villamont. L’Orchestre de la Suisse Romande, direction : Ernest Ansermet. 1 coffret 3 CD Decca « Eloquence Australia » 4802316. Code barre : 0028948023165. Enregistré entre octobre 1956 et septembre 1968 au Victoria Hall de Genève. ADD. Notices unilingues (anglais) excellentes. Durée : 79’04, 74’07, 70’26

 

Bien que pratiquement toute sa carrière fut accomplie en France, et que son esthétique reste attachée à l’école française tout comme il est resté un Parisien de cœur, (1892-1955) avait gardé sa nationalité suisse toute sa vie. Il était donc logique que Decca Australie, dans sa belle série « Eloquence » lui associe dans ce superbe coffret un autre compositeur suisse, sans doute relativement moins connu : (1890-1974). Et qui était d’évidence le mieux qualifié pour interpréter tous ces admirables chefs-d’œuvre ici rassemblés ? , bien entendu ! Restons donc entre Suisses ! D’, Honegger lui-même avait d’ailleurs écrit : « J’ai eu bien des chefs d’orchestre pour collaborateurs et amis. Certains m’ont ébloui. D’autres m’ont étonné. Mais Ansermet m’est toujours apparu comme seul de son espèce. Son contact est fécondant. »

Après avoir subi un purgatoire totalement injustifié dû à une certaine intelligentsia avant-gardiste française plutôt dictatoriale, il semble bien que l’œuvre d’ soit enfin considérée à sa juste valeur, et même s’il est encore trop rare d’entendre l’une ou l’autre de ses cinq symphonies en concert, sa discographie, un temps anémique, s’étoffe peu à peu, jusqu’à certaines partitions remarquables de musique de film (Mermoz, 1943). Ce regain d’intérêt pour Honegger est très certainement la réaction typique et nécessaire contre une musique déshumanisée d’où la spiritualité est absente, et à notre époque plutôt tourmentée, l’Homme aspire plus que jamais à cette spiritualité.

Des chefs d’orchestre, amis du compositeur, ont toujours ardemment défendu son œuvre, contre vents et marées, même quand d’aucuns l’estimaient soi-disant « démodée » : Charles Munch, Paul Sacher, Georges Tzipine et ont été les fidèles de toujours, et toutes les gravures honeggeriennes Decca stéréo en studio de ce dernier viennent d’être rééditées dans ce somptueux coffret, y compris en première mondiale en CD celle de la Symphonie n°3 « Liturgique ».

Ansermet n’a enregistré ni la Symphonie n°1, ni la Symphonie n°5 « di tre re », nous privant hélas d’un cycle complet qui eût certainement figuré parmi les meilleurs. Il nous offre des exécutions superlatives des Symphonies n°2 pour cordes et n°3 « Liturgique », pages se ressentant des blessures morales de guerre, et la Symphonie n°4 « Deliciae Basilienses », page plus apaisée, plus souriante, reçoit de la part du chef suisse une interprétation surclassant celle, déjà remarquable, de Charles Munch (Erato-Warner), par la mise au point, l’esprit et le style. Par ailleurs, sa version très « physique » du mouvement symphonique Pacific 231 nous rappelle qu’il reçut la dédicace de l’œuvre, en plus d’avoir créé Horace Victorieux, Chant de Joie et Rugby.

Le psaume dramatique Le Roi David, dont le texte de René Morax correspondait si bien au caractère « biblique » d’Honegger, fut l’un de ses plus grands succès, et il n’est pas inutile de rappeler que ce sont Ansermet lui-même et Stravinsky qui ont chaudement recommandé Honegger à Morax pour l’élaboration musicale. Pour son enregistrement, Ernest Ansermet adopte la seconde version en oratorio pour récitant, solistes, chœurs, orgue et orchestre symphonique, et il n’est guère étonnant que d’excellents solistes vocaux, un remarquable récitant (), des chœurs et un orchestre chaleureusement impliqués en fassent la version de référence, malgré un étonnant « canard » au trombone juste avant l’Alléluia final, que curieusement Ansermet n’a pas daigné corriger…

De même, Une Cantate de Noël, œuvre particulièrement émouvante, mais pas seulement comme dernière partition chorale de l’auteur, l’est surtout dans l’admirable vision d’Ansermet où l’on retrouve avec joie le baryton d’origine suisse , déjà le soliste inspiré des versions Tzipine (EMI) et Sacher (Philips).

Et quelle excellente idée de Decca Eloquence de faire voisiner sur le même troisième CD l’oratorio breve In Terra Pax de (1890-1974) avec Une Cantate de Noël d’Honegger ! Non seulement nous y retrouvons l’impeccable parmi les solistes, mais il convient de souligner qu’Ansermet a toujours défendu les œuvres de Frank Martin dont il a créé la Symphonie pour grand orchestre (1937), l’opéra Der Sturm (La Tempête, 1955), l’oratorio de Noël Le Mystère de la Nativité (1959), la comédie Monsieur de Pourceaugnac d’après Molière (1962), les études symphoniques Les Quatre Éléments (1964), et bien sûr In Terra Pax (1944) qui justifierait seul la primauté de cette gravure sur toute autre.

La cessation des hostilités en 1945 a été célébrée en Europe par divers compositeurs ; avec In Terra Pax, Frank Martin répondit à une commande de Radio Genève en 1944, et il le fit avec joie, d’autant plus qu’il se sentait, un peu comme Bach, dans la situation privilégiée d’un vieux maître travaillant pour l’Église. Frank Martin a choisi une sélection de textes purement bibliques pour cette œuvre magnifique exigeant cinq solistes, chœur et orchestre, qui aboutit dans la joie céleste. Le style en est délibérément pur, simple et d’apparence archaïque, répondant idéalement au credo personnel du compositeur : la musique comme une vision céleste de la paix sur la terre. En cela elle rejoint le message de spiritualité de la Cantate de Noël d’Arthur Honegger.

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Arthur Honegger (1892-1955) : Symphonies n°2 pour cordes et trompette ad libitum, n°3 « Liturgique », n°4 « Deliciae Basilienses » ; Pacific 231, mouvement symphonique n°1 ; Le Roi David, psaume dramatique ; Une Cantate de Noël, pour baryton solo, voix d’enfants, chœur mixte, orgue et orchestre. Frank Martin (1890-1974) : In Terra Pax, oratorio breve. Stéphane Audel, récitant. Suzanne Danco, Ursula Buckel, sopranos ; Marie-Lise de Montmollin, Pauline Martin, mezzo-sopranos ; Marga Höffgen, contralto ; Michel Hamer, Ernst Haefliger, ténors ; Pierre Mollet, baryton ; Jakob Stämpfli, basse ; Union Chorale, Chœur des Dames de Lausanne (chef de chœurs : Robert Mermoud) ; Chœur des Jeunes de l’Église Nationale Vaudoise ; Chœur des Jeunes, Lausanne ; Chœur de Radio Lausanne ; Le Petit Chœur du Collège de Villamont. L’Orchestre de la Suisse Romande, direction : Ernest Ansermet. 1 coffret 3 CD Decca « Eloquence Australia » 4802316. Code barre : 0028948023165. Enregistré entre octobre 1956 et septembre 1968 au Victoria Hall de Genève. ADD. Notices unilingues (anglais) excellentes. Durée : 79’04, 74’07, 70’26

 
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