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ManiFeste : Edith Canat de Chizy over the sea

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. ManiFeste. Bouffes du Nord. 11-VI-2012 . Philippe Hurel (né en 1955): Plein-jeu pour accordéon et électronique; Edith Canat de Chizy (née en 1950): Over the sea pour violon, alto, violoncelle, accordéon et électronique; Philippe Manoury (né en 1952): Tensio pour quatuor à cordes et électronique. Pascal Contet, accordéon; Quatuor Diotima; réalisation informatique musicale Cirm/Alexis Baskind; réalisation informatique musicale Ircam/Grégory Beller, Gilbert Nouno

Autre espace, autre fantasmagorie sonore : ManiFeste, festival des créations sonores de l’Ircam se déplaçait aux Bouffes du Nord, un écrin idéal pour laisser s’éployer librement les sons « dans l’air du soir », surtout lorsque les instruments sont relayés par l’électronique. C’était le cas de l’accordéon de qui débutait la soirée avec Plein-jeu de , une pièce un rien monolithique dans laquelle le dispositif électronique, relié au geste instrumental, amplifie le son de l’instrument pour le déployer dans la plénitude de son spectre acoustique. Projetée très fort par le compositeur à la console, la pièce joue sur la variation des masses sonores, atteignant des seuils d’intensité, certes jouissifs, mais qui mettent d’emblée l’oreille à l’épreuve!

Over the sea, commande de l’Ircam-Centre Pompidou faite à Edith Canat de Chizy, ouvrait d’autres perspectives sonores, dans des textures plus transparentes et vibratiles. C’est un coup de maître pour la compositrice qui parvient avec beaucoup de finesse à « transcrire son idée poétique » à l’aide de l’outil informatique qu’elle maniait – via l’assistance de Grégory Beller – pour la première fois. Over the sea est une oeuvre mixte dans laquelle interagissent des instruments, des séquences pré-enregistrées et les techniques de transformation en temps réel. Edith Canat de Chizy associe de manière singulière les sons de l’accordéon – , impérieux – à ceux d’un trio à cordes – les membres de Diotima. Elle fait ici référence à la peinture de Monet et à l’univers aquatique, miroitant et sensible du peintre qu’elle entend suggérer par le biais d’une écriture instrumentale incisive et mouvante, assistée, spatialisée et métamorphosée par les logiciels de l’Ircam. Le passage du monde acoustique aux sons de synthèse s’opère avec une incroyable fluidité et génère parfois de troublants mirages, comme ces gouttes de pluie, virtuelles autant que sonores, du plus bel effet spatial.

Dans la deuxième partie du programme, les Diotima, au complet cette fois, offraient une nouvelle version, magistrale autant qu’inoubliable, de Tensio (Tension) de , une oeuvre pour quatuor à cordes et électronique en temps réel dont ils ont assuré la création en décembre 2010. Le titre, en italien comme celui de son « premier quatuor à cordes » Stringendo, désigne tout simplement la tension des cordes sur l’instrument, tension que le dispositif électronique va analyser dans ses moindres fluctuations pour inciter les réactions de l’électronique. Tensio est le fruit d’une infatigable prospection que le compositeur mène avec ses collaborateurs favoris comme Miller Puckette (logiciel Max/MSP) ou Arshia Cont (suivi de partition). « Je crois aux vertus de l’expérimentation, nous dit le compositeur, que je cherche à étayer d’une robuste pensée théorique ». La pièce sidère par la conception visionnaire de la grande forme (près de 45 minutes) et l’imaginaire sonore d’un compositeur mettant à l’oeuvre les techniques d’interaction les plus sophistiquées entre le geste interprétatif et la machine, pour générer une véritable orchestration du quatuor à cordes. Ce dernier s’articule en plusieurs séquences qui s’enchaînent, voire s’interpénètrent, et génère, par la variété infinie de ses matériaux et polyphonies spatiales, un spectacle auriculaire tout à fait inouï : on le devait aussi à la qualité des interprètes et à leur engagement dans une aventure dont on mesurait ce soir l’envergure et les exigences.

Crédit photographique : Edith Canat de Chizy © Christophe Daguet

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