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L’Elisir d’Amore à la Fenice, une première soirée sans fautes

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Venise. Teatro la Fenice. 6 juillet 2012. Gaetano Donizetti (1797-1848) : l’Elisir d’amore, melodramma giocoso en deux actes sur un livret de Felice Romani. Mise en scène : Bepi Morassi. Décors et costumes : Gianmaurizio Fercioni. Chorégraphie : Barbara Pessina. Lumière : Vilmo Furian. Avec : Desirée Rancatore, Adina ; Celso Albelo, Nemorino ; Alessandro Luongo, Belcore ; Elia Fabbian, il dottore Dulcamara ; Oriana Kurteshi, Gianetta. Chœur du Teatro la Fenice (chef de chœur : Claudio Marino Moretti), Orchestre de la Fenice, direction : Omer Meir Wellber

Le choix artistique de mise en scène et de direction musicale de L’Elisir d’amore peut s’élaborer en fonction du genre même de l’œuvre : de ce melodramma giocoso, on s’orientera soit du côté dramatique, soit du côté comique. Pour la première de ce vendredi 6 juillet à la Fenice, la balance penche inexorablement vers la comédie. La régie de s’inscrit simplement dans les années de l’action, avec costumes d’époque et décors proches de la carte postale agrémentés de tableaux de fond de scène en trompe-l’œil, sans surcharges mobilières ou architecturales, d’ailleurs fusionnantes avec les toiles peintes du second plan. La variété des habits et leurs diversités colorées suffit à animer le grand plateau scénique.

Cette sagesse illustrative aurait sans doute confiné à un certain assoupissement intellectuel si l’orientation dramatique avait été suivie. Mais heureusement, la comédie prend petit à petit le dessus et la chorégraphie alerte des mouvements de foule et des chanteurs animent régulièrement ce petit monde stéréotypé. L’intention caricaturale dont est la cible monde militaire réussit son effet. La part comique portée par ces soldats marchant au pas de l’oie, évoluant en rangs d’oignons comme des marionnettes dociles et aux petits soins pour leur sergent de garnison qui concentre tous les prototypes du militaire gradé, faiseur et imbu de sa personnalité et de son autorité, est tout à fait convaincante. Des détails croustillants, tel le tableau déroulant le texte à chanter devant la belle coincé par la mécanique, trouvent leur écho comique dans un public réceptif.

Après ce Belcore au nom bien porté, le médecin affabulateur non moins mal nommé Dulcamara forme le second ressort comique de cet Elisir. D’allure éminemment farfelue, avec ses deux cornes rouquines dressées de chaque côté du crâne, le personnage assure et assume le rôle de basse-bouffe caractéristique du genre, aux gros effets. Enfin, le personnage féminin principal est une Adina virevoltante, qui se joue des hommes avec entrain et moquerie, et prend Nemorino pour un bon naïf, aisément manipulable.

La direction musicale d’, jeune chef très dynamique et attentif, contribue d’abonder dans ce sens giocoso, et joue avec un entrain décisif ces parties musicales très proches parfois de l’élan propre à l’écriture rossinienne. La distribution vocale des cinq personnages est quant à elle parfaitement en phase avec l’esprit général assumé de l’œuvre. domine sans problème les masses chorales par sa voix de soprano colorature brillante, translucide et cristalline, aux aigus superbes, très biens tenus et très denses dans l’émission de la matière sonore. Les suraigus peuvent être lancés très doux, performance technique toujours à souligner. Son dernier air sera bissé intégralement. Le Nemorino de campe un naïf de circonstance, assez figé sur scène et aux déplacements brutes, mais la voix du ténor enthousiasme dans l’air par lequel l’Elisir reste encore connu du grand public, le très fameux Una furtiva lagrima ne joue pas la puissance mais la nuance. Le timbre est bien posé, sûr de lui, très coloré. L’air sera bissé lui aussi intégralement, à la grande surprise du chanteur lui-même, et pour le plus grand plaisir du public. remplace l’indisponible dans un dottor Dulcamara à l’abattage rossinien indubitable, très en voix, au registre de baryton lui aussi à l’aise à tous les niveaux. Une fantaisie à vivre sur place est le lancer des prospectus vantant les mérites de ses élixirs depuis le poulot du théâtre, scène qui ne sera pas sans rappeler le lancer des tracts du Senso de Visconti. La distribution finale de bonbons au parterre par les assistantes du dottor ajoutera encore au plaisir, dont le théâtre à l’italienne détient les secrets.

Enfin, Belcore le coq fanfaronne au milieu de sa basse-cour, et  , baryton pisan, chante bien et joue encore mieux dans un rôle comique toujours délicat et à la limite de la surcharge antinaturelle. Petit rôle, la Giannetta (Oriana Kurteshi) ne démérite pas pour autant. La distribution vocale générale se distingue par un bel équilibre dans les numéros à plusieurs, dotés parfois d’une frénésie musicale parfaitement en place. Du beau spectacle traditionnel qui aura toujours son public et son avenir à l’opéra.

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Venise. Teatro la Fenice. 6 juillet 2012. Gaetano Donizetti (1797-1848) : l’Elisir d’amore, melodramma giocoso en deux actes sur un livret de Felice Romani. Mise en scène : Bepi Morassi. Décors et costumes : Gianmaurizio Fercioni. Chorégraphie : Barbara Pessina. Lumière : Vilmo Furian. Avec : Desirée Rancatore, Adina ; Celso Albelo, Nemorino ; Alessandro Luongo, Belcore ; Elia Fabbian, il dottore Dulcamara ; Oriana Kurteshi, Gianetta. Chœur du Teatro la Fenice (chef de chœur : Claudio Marino Moretti), Orchestre de la Fenice, direction : Omer Meir Wellber

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