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François Dumont et la musique française au temps de Misia

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Auditorium du Musée d’Orsay, 12-VII-2012. Maurice Ravel (1975-1937) : Pavane pour une infante défunte, Sonatine pour piano en fa dièse majeur, La Valse pour piano, op. 72 ; Claude Debussy (1862-1918) : Suite Bergamasque, La plus que lente ; Erik Satie (1866-1925), Trois gymnopédies. François Dumont, piano

Le musée d’Orsay organise en ce moment une superbe exposition « Misia, Reine de Paris » pour montrer la richesse des activités artistiques parisiennes au tournant du siècle, autour de Misia (Marie Sophie Olga Zénaïde Godebska). Ce récital, donné dans le cadre de l’exposition, est un petit panorama ou une quintessence de la musique française de cette période, s’étalant de 1888 (Les Gymnopédies de Satie) à 1920 (La Valse de Ravel).

Le concert s’ouvre avec deux œuvres de Ravel, Pavane pour une infante défunte et Sonatine, qui donnent le ton de la soirée : sobriété et brillance. Les trois mouvements de la Sonatine, dédiée à Cypa et Ida Godebski, demi-frère de Misia et son épouse, précédée de Pavane, constituent une sorte de suite. Ces quatre morceaux vont naturellement en crescendo, et le pianiste interprète le troisième mouvement de façon à ce que cela s’enchaîne avec l’ouverture majestueuse du « Prélude » de La Suite bergamasque. Il continue ainsi avec une deuxième « suite », dans l’idée du classicisme formel, tout en donnant beaucoup plus de nuance : le glissando final de « Menuet » infiniment délicat, « Clair de lune » avec des couleurs veloutées et voilées, les accords en arpège avant la dernière section de « Passepied » mystérieusement ambiguë. Et quel raffinement dans les notes arpégées qui mènent aux derniers accords en ppp !

Le récital continue sans entracte, mais la sobriété excentrique des Gymnopédies de Satie, on passe à une deuxième partie. Les trois morceaux joués successivement donnent un fort sentiment de rupture inopinée, indigeste, accentué par le jeu de , très ascétique qu’il continue dans La plus que lente. Puis, soudain, le piano s’exprime de tout son éclat dans La Valse de Ravel (dédiée à Misia). S’agissant d’une transcription de l’œuvre pour orchestre, elle est techniquement extrêmement difficile à assumer, mais le musicien exploite tout son potentiel pianistique pour offrir une palette de couleurs infiniment variée, alliant puissance et élégance. Le programme atteint donc son apogée, dans l’exaltation de la musique et de la danse. Une performance rare et exceptionnelle, qui dépasse toutes les espérances de l’auiteur.

En bis, « Soirée dans Grenade » et « Jardin sous la pluie », extraits des Estampes de Debussy. Avec ces pièces composées en 1903 mais à conception harmonique beaucoup plus novatrice, prolonge ce voyage au temps de Misia, dans une atmosphère de recherche esthétique sans cesse renouvelée.

Crédit photographique : François Dumont © Raf Thienpont

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