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Daniil Trifonov, graine de génie

À emporter, CD, Musique symphonique

Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour piano n°1, Un poco di Chopin op.72 n°15 ; Frederic Chopin (1810-1893) : Barcarolle ; Franz Schubert/Franz Liszt : Erlkönig, Frühlngsglaube, Die Forelle, Auf dem Wasser zu Singen, Die Stadt ; Robert Schumann/Franz Liszt : Liebeslied. Daniil Trifonov (piano), Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, Valery Gergiev (direction). 1 CD Mariinsky. Référence MAR0530. Code barre : 822231853022. Enregistré au Théâtre Mariinsky (Saint-Pétersbourg) en octobre 2011, janvier et avril 2012. Notice quadrilingue (russe, français, allemand et anglais). Durée 68’32’’

 

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Les vainqueurs (et vaincus) du Concours Tchaïkovski n’ont pas forcément pour principale qualité de faire dans la dentelle et passent souvent pour pouvoir envoyer au tapis les « poètes » du Concours Haskil à la seule force de quelques accords brutalement envoyés. Du haut de ses 20 ans, déroge à la règle et fait souffler un vent de fraîcheur bienvenu sur un paysage pianistique saturé de techniciens venus de l’est (de la Russie à la Corée).

Son entame du Concerto pour piano de Tchaïkovski ne cherche pas à estourbir mais à engager le mouvement tout en rondeur –le pianiste est en cela suivi par , accompagnateur de luxe. L’auditeur n’étant pas « sonné » d’emblée, il peut dès lors apprécier le charme ravageur du soliste dans la suite de ce qui n’est pas une démonstration de force mais une sorte d’acte d’amour. Difficile de ne pas succomber au legato romantique (sans emphase ni empâtement) d’un Trifonov néanmoins capable de déclencher des ouragans lorsque nécessaire. Et c’est bien là que réside tout l’intérêt de sa lecture : la tendresse du post-adolescent rêveur voisine avec la force virile d’un artiste déjà confirmé. S’il manque peut-être çà et là de tranchant, Gergiev et son superbe orchestre partagent donc complètement la vision du jeune soliste et lui offrent un formidable écrin sonore au sein duquel il peut s’épanouir pleinement. Frisson garanti !

En complément, Chopin, Schubert et Schumann (les deux derniers dans les arrangements de Liszt) débordent également de qualités sans pour autant toucher au génie absolu entendu dans le concerto –mais Trifonov y tend, incontestablement. Dans la célèbre Barcarolle,  il prend le parti de lier très intimement la dynamique et le rubato aux fluctuations de la pulsation ce qui, grâce à un savoir-faire exempt de maniérisme, donne un joli relief à la partition. Les pages de Schubert/Liszt pâtissent à notre goût d’une prise de son un peu proche qui rend les basses trop encombrantes. Qu’à cela ne tienne, le récitaliste donne de belles lectures, romantiques, contrastées et inspirées par un sens du partage évident. Ces interprétations prouvent en l’occurrence toute la capacité de Trifonov à faire la part des choses entre l’âme schubertienne et les interventions lisztiennes (Auf dem Wasser zu singen montre la manière dont il sait faire la transition de l’un à l’autre).

Tout porte à croire que nous tenons-là l’une des nouvelles perles du piano. Souhaitons à cet artiste attachant un avenir à la hauteur du talent dont il nous éclabousse ici. Mais avant de penser à demain, profitons de ce qu’aujourd’hui nous apporte et conservons ce disque à portée de main…

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