Triste est Ravel avec Emmanuel Krivine

À emporter, CD, Musique symphonique

Maurice Ravel (1875-1937) : Alborada del Gracioso, Boléro, Shéhérazade, Une Barque sur l’océan, La Valse, Pavane pour une infante défunte. Karine Deshayes, mezzo-soprano ; Orchestre philharmonique du Luxembourg, direction : Emmanuel Krivine. 1 CD ZZT. Référence : ZZT 311. Enregistré en 2011. Notice en : français, anglais et allemand. Durée : 63’54

 

Il  n’y a pas si longtemps, le label Zig Zag était une référence dans la découverte et le suivi des jeunes artistes talentueux. Noyé dans les nombreuses marques et dans la politique éditoriale redondante et illisible de la firme Outhere, il semble s’orienter vers la constitution d’un catalogue centré sur le fond de répertoire par des artistes déjà bien confirmés, mais pas considérés comme la ligue des champions médiatique du classique. On regrette que le management d’Outhere n’a  pas tiré les enseignements de l’échec de l’élargissement des catalogues ; misère qui coula, dès la fin des années 1990, de nombreux labels en quête d’une pseudo respectabilité sur le cœur du répertoire : Erato, Finlandia, Teldec, Nimbus, Denon, Canyon Classics, Collins Classics, et aujourd’hui Naïve.

En transfert depuis Timpani et Naïve, s’attaque donc à Ravel. Curieusement, le  chef français y est aussi éteint qu’atone et défend une optique sèche et raide de l’art du grand compositeur. Sa Valse, sans le moindre sens de la sensualité, est bruyante et séquencée jusqu’à l’overdose ; les dernières mesures explosent dans un feu d’artifice vulgaire de percussions. Le Boléro, plat comme la plaine de la Beauce se limite à une construction orchestrale bruyante et déstructuré par une prise de son sans équilibre.  La Barque sur l’océan poursuit dans cette veine polaire à faire hiberner en été un ours perdu sur sa banquise nordique  et même l’Alborada del Gracioso est  limitée à un exercice de style de mise en place orchestrale pour étudiants de Conservatoire en mal de rigueur.

On attendait beaucoup de la présence de , en passe de devenir, certainement malgré elle, la mezzo officielle de la République française.  Mais mal entourée et mal accompagnée par un chef concentré sur le refus de la moindre couleur orchestrale, sa ligne de chant radieuse et solaire, ne peut pas s’épanouir.  Pourtant l’intelligence du texte et la diction restent des modèles du genre.  On est loin de la réussite récente et exemplaire de Véronique Gens et John Axelrod (Ondine, Clef ResMusica), par l’adéquation parfaite entre le chef et sa soliste.

On tient donc avec cette triste galette Ravel, un disque inutile et techniquement mal fini qui ne possède aucun poids dans un contexte discographique pléthorique. Dommage pour

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