A Pleyel, une troisième voie pour La Navarraise ?

Concerts, La Scène, Opéra

Paris. Salle Pleyel. 29-IX-2012. Jules Massenet (1842-1912) La Navarraise, épisode lyrique en deux actes sur un livret de Jules Claretie et Henri Cain. David Alagna (1975) Le dernier jour d’un condamné, opéra en deux actes et un intermezzo sur un livret de Roberto, David et Frederico Alagna. Version de concert. Avec : Karine Deshayes, Anita ; Ainhoa Arteta, la condamnée ; Roberto Alagna, Araquil, le condamné ; Nicolas Cavallier, Remigio, l’aumônier ; Rudi Fernandez-Cardenas, Garrido, le friauche ; Thomas Dear, Bustamente, le bourreau ; Marc Larcher, Ramon, un forçat. Chœur les cris de Paris, chef de chœur Geoffroy Jourdain. Orchestre National de France. Direction Frédéric Chaslin

Il existe pour La Navarraise, deux principaux enregistrements en CD, qui donnent une vision de l’œuvre diamétralement opposée. L’une, musclée, décibellique, avec Marilyn Horne, Placido Domingo et Sherrill Milnes, fait la part belle au pathos. L’autre, avec Lucia Popp, et Gérard Souzay, mise sur l’élégance, et même une préciosité un peu hors propos pour ce qu’on présente généralement comme l’incursion de Massenet dans le vérisme. On attendait donc avec impatience ce concert franco-français, qui, avec une distribution prometteuse, pouvait nous faire découvrir une troisième voie, plus proche des intentions du compositeur. Hélas, il faut bien admettre notre déception sur ce point, due en grande partie à l’acoustique fantaisiste de la Salle Pleyel.

De là où nous étions, dans les premiers rangs de côté, derrière les contrebasses, les voix étaient réduites en bouillie, la diction incompréhensible. Or, qui a jamais entendu les grands artistes que sont , ou sait que c’est chose impossible de leur part. De même, les chanteurs étaient régulièrement couverts par l’orchestre, au point d’en devenir inaudibles. Des membres du public, placés ailleurs, n’ont pas eu ce sentiment.

Et pourtant, quel bel orchestre que l’, et quel chef exceptionnel que ! Le prélude sonne comme du Puccini, rond, chaud, emporté. Par la suite, la dynamique, les intentions, les couleurs, nous ferons voyager toujours d’une façon juste et naturelle, du vérisme le plus échevelé à la transparence d’un son typiquement massenetien, en passant par l’ardeur des chansons espagnoles, dont le compositeur aimait tant émailler ses partitions. Il est alors bien dommage d’avoir coupé le nocturne entre les deux actes.

Déception, aussi, de l’implication des chanteurs. , qui a tant œuvré pour Massenet, et dont la musique semble couler dans ses veines, sonne fatigué, sans charme, avec des aigus en fausset pour le moins disgracieux. L’explication vient lors de la deuxième partie : probablement mal remis de ses récents problèmes de santé, visiblement nerveux, il se réserve pour la suite. Il n’empêche qu’Araquil, même si ce n’est pas le personnage le plus charismatique de Massenet, mérite plus de soin. est une grande musicienne, et elle aborde le rôle d’Anita avec honnêteté et musicalité. Les notes y sont, somptueuses, les intentions, les rires et les cris du vérisme, aussi, mais il y manque un petit quelque chose d’indéfinissable. On entend une belle leçon de chant, un peu vide.

En deuxième partie, nous découvrions l’ouvrage de , créé en 2007 au Théâtre des Champs-Élysées, les derniers jours d’un condamné, inspiré d’un texte de Victor Hugo. C’est une belle composition, solide, mélodique, très illustrative. Dans un souci de variété des affects, le compositeur fait intervenir deux condamnés, un homme du XIX° siècle, et une femme de notre époque. De même, des rebondissements sont intercalés de loin en loin : embarquement des forçats, irruption du friauche (un condamné à mort qui se pourvoit en cassation) qui donnent la part belle au chœur , absolument étourdissant, qui livre sans aucun doute la meilleure prestation de la soirée. Il n’empêche que le livret, sans véritable enjeu dramatique, se traîne en longueur, et qu’un raccourcissement de la partition d’une vingtaine de minutes serait le bienvenu.

Roberto Alagna se montre sous son meilleur jour, mais la vedette lui ai presque volée par , au timbre corsé, aux aigus percutants, insufflant à son personnage une émotion indicible.

Dans les deux œuvres, nous entendons un royal de présence et d’humanité. Rudi Fernandez-Cardenas, très pâle Garrido, se rattrape en friauche, dans un air magnifique, qui pourrait devenir le cheval de bataille de bien des barytons. Sa diction est, en revanche, totalement incompréhensible.

Crédit photographique : Roberto Alagna © Claude Gassian

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