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A Dijon coup d’envoi des Debussyades avec Alexei Lubimov

La Scène, Musique de chambre et récital

[Dijon] Auditorium, 3-X-2012. Claude Debussy (1862-1918) : Préludes, premier livre, extraits. Alexandre Scriabine (1872-1915) : Deux poèmes, op. 32 (1903) et Sonate n° 9 Messe noire, op. 68 (1913). Claude Debussy : Préludes, deuxième livre. Alexei Lubimov, piano.

Durant une quinzaine de jours, vont résonner dans Dijon les œuvres du musicien français, mais aussi celles des compositeurs de son temps. Il semble logique que le répertoire de piano ouvre le bal de ces manifestations : d’une part, Debussy a commencé à gagner sa vie comme accompagnateur privé de dames fortunées, et d’autre part, le piano reste en ce tournant du XXe siècle l’instrument pour lequel les compositeurs ont sans doute le plus écrit. La mise en parallèle, dans ce concert, des œuvres de Debussy et de celles de Scriabine apparait comme des plus judicieuses : elle confirme qu’il existe à cette époque en Europe un souffle artistique nouveau qui laisse deviner des convergences troublantes.

Jouer dans un même concert la quasi-totalité des Préludes, c’est faire preuve d’une certaine témérité, mais celle-ci permet à la fois d’en saisir la diversité d’inspiration et d’en comprendre l’unité stylistique. Chaque pièce est rendue totalement « autonome » par le jeu d’ : il sait exprimer le soleil des Collines d’Anacapri aussi bien que l’atmosphère désolée des Pas sur la neige ; sa vélocité rend féroce les rafales de Ce qu’a vu le vent d’Ouest, mais allège Les tierces alternées et fait pétarader les fusées de Feux d’artifices.

La musique de piano de Debussy demande une grande finesse dans l’écoute, et pourtant la subtilité de l’interprétation et sa variété sans emphase nous entrainent sans nul ennui dans le monde raffiné de cette musique si particulière. A voir bouger les mains d’, on se prend à penser au mouvement des pattes d’un chat, à la fois capables de douceur et de délicatesse, et en même temps d’une rapidité et d’une précision diaboliques : ce jeu redoutablement efficace lui permet de faire ressortir les plans sonores superposés, toujours présents dans les œuvres du musicien français : par exemple, la habanera sombre de La Puerta del Vino est éclairée par les rutilants arpèges descendants, et les tessitures différentes exploitées dans la valse intitulée Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir sont mises délicatement en valeur.

Grâce aux Poèmes et aux Préludes, on découvre que Scriabine est en quelque sorte comme la face noire de Debussy. Si la démarche stylistique semble être un peu semblable (recherche de sonorités et exploitation du silence), le langage harmonique est plus déstabilisant, et surtout, les couleurs sont plus sombres.

Crédit photographique : Alexei Lubimov © DR

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