Le piano de Liszt en vedette sous les doigts de Nicolas Stavy

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Cortot. 09-X-2012. Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturnes op.27. Claude Debussy (1862-1918) : Trois images oubliées. Franz Liszt (1811-1886) : Du berceau jusqu’à la tombe. Robert Schumann (1810-1856) : Fantaisie en ut majeur op.17. Nicolas Stavy : piano

Une fois n’est pas coutume, ce n’était ni l’interprète, ni le compositeur ni l’œuvre qui était la vedette de la soirée mais un instrument de musique. Pas n’importe lequel puisqu’il s’agissait d’un des authentiques pianos de Franz Lizst, un Steingraeber de 1870 admirablement conservé à Bayreuth par sa maison mère, et sans doute très précautionneusement transporté jusqu’à la Salle Cortot, lieu idéal pour en apprécier toutes les qualités.

Comme il s’en expliqua lui-même, juste après avoir joué les deux Nocturnes de l’opus 27 de Chopin, l’idée d’offrir au public la possibilité d’entendre cet instrument dans de bonnes conditions trotte dans la tête de depuis quelques années et ce n’est que maintenant que toutes les conditions requises à une telle entreprise ont pu être atteintes et que les gardiens du précieux instrument se sont résolus à laisser sortir le beau piano blanc hors de son écrin protecteur. Car si l’instrument est encore jouable aujourd’hui, comme on put s’en rendre compte ce soir, il le doit aux soins méticuleux qui l’entourent quotidiennement. C’était donc bien une occasion exceptionnelle qui nous était offerte ce soir, et on ne peut que remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce projet.

On aurait pu se dire que le programme du concert allait être entièrement consacré à Liszt, mais choisit une autre approche, expliquant lui-même que les œuvres du virtuose hongrois n’étaient peut-être pas si idéales pour cet instrument dont la principale qualité est un exceptionnel registre medium aigu, très charnel, rond, boisé, sans la moindre coloration métallique ou brillante telle qu’on la retrouve un peu sur les pianos modernes, plus grand de taille. Mais si le bas du spectre conserve certaines de ces qualités, il perd rapidement en clarté et lisibilité, et dès que les notes se rapprochent elles ont tendance à se noyer dans la résonance. On put s’en rendre compte dans les passages les plus vigoureux de ce récital, lorsque la main gauche poussait la table d’harmonie dans ses retranchements, jusqu’à faire entendre des sons mécaniques parasites (l’âge de l’instrument n’y étant pas étranger) qu’on put surprendre dans la Fantaisie de Schumann jouée après l’entracte.

C’est sans doute pourquoi le programme était conçu pour mettre en évidence les qualités du piano, sans le mettre en danger. Et reconnaissons-en la belle réussite car on put ainsi pendant près d’une heure trente prendre un plaisir réel à entendre un piano sonnant différemment de tout ce qu’on a l’habitude d’entendre, du classique grand piano de concert au pianoforte. D’autant que la prestation musicale de Nicolas Stavy était remarquable, dans la lignée de ses très réussis disques Chopin et Lizst, son Debussy du soir nous paru tout aussi inspiré et sa Fantaisie de Schumann captura l’attention d’un bout l’autre et pas seulement par l’originalité sonore. Un concert, probablement unique, qui nous emporta ailleurs et qu’il faudra garder en mémoire autant qu’on le pourra.

Crédit photographique : Nicolas Stavy © Gilles de Fayet

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