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Glazounov idéal par José Serebrier

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Alexandre Glazounov (1865-1936) : Intégrale des 8 symphonies ; Symphonie n°9 en ré mineur « Inachevée » (instrumentation et édition : Gavriil Youdine) ; Les Saisons, ballet intégral op. 67 ; Raymonda, suite de ballet op. 57a ; La Mer, fantaisie en mi majeur op. 28 ; Introduction et Danse de Salomé, op. 90 ; Concerto pour piano n°1 en fa mineur, op. 92 ; Concerto pour piano n°2 en si majeur, op. 100 ; Concerto pour violon en la mineur, op. 82 ; Méditation en ré majeur pour violon et orchestre, op. 32 ; Concerto Ballata en ut majeur pour violoncelle et orchestre, op. 108 ; Chant du Ménestrel, op. 71 pour violoncelle et orchestre ; Concerto en mi bémol majeur pour saxophone alto et orchestre à cordes, op. 109 ; Rêverie en ré bémol majeur pour cor et orchestre, op. 24. Marc Chisson, saxophone alto ; Alexeï Serov, cor ; Rachel Barton Pine, violon ; Wen-Sinn Yang, violoncelle ; Alexandre Romanovski, piano. Royal Scottish National Orchestra, Orchestre National de Russie (œuvres concertantes), direction : José Serebrier. 1 coffret 8 CD Warner Classics 2564664674. Code barre : 825646646746. Enregistré entre janvier 2004 et avril 2010 au Henry Wood Hall, Glasgow, et en la Salle Svetlanov, Centre International des Arts du Spectacle, Moscou. DDD. Notices par Internet (anglais) excellentes. Durée : 58’53 ; 77’48 ; 69’59 ; 70’31 ; 66’48 ; 78’50 ; 56’11 ; 57’48.

 

Si les étudiants, dont Chostakovitch, admiraient le dévouement d’ au Conservatoire de Saint-Pétersbourg lorsqu’il en était le directeur, ils étaient plus réticents envers sa musique déjà considérée alors comme surannée. Quant à Stravinsky, il éprouvait du dégoût rien qu’à la seule mention de son nom… Le temps du purgatoire était donc arrivé. Dans les années 50-60, seuls échappaient à cette injustice le Concerto pour violon en la mineur op. 82 – surtout grâce aux convictions de violonistes-stars tels que Jascha Heifetz ou Nathan Milstein – et, dans une moindre mesure, le ballet Les Saisons op. 67 ou le poème symphonique Stenka Razine op. 13.

Peu savaient qu’il avait composé huit symphonies, et ceux dans le secret, c’est-à-dire les historiens de la musique, les considéraient comme boursouflées et interminables… à croire que ces têtes bien pensantes ne les avaient jamais lues, ni même entendues ! En ces temps héroïques, tout mélomane un tant soit peu intéressé et prospecteur devait se contenter de l’une ou l’autre rare symphonie en gravures Melodiya péniblement importées de Russie et à peine supportables techniquement, des pionniers russes comme Nikolaï Golovanov, Konstantin Ivanov ou autre Boris Khaïkine. Ces grands chefs allaient donner l’impulsion nécessaire à la redécouverte de ce répertoire si attachant, et le tournant des années 70-80 vit naître les premières intégrales (sans la n°9 « Inachevée ») : Vladimir Fedosseïev, Gennadi Rojdestvenski (Melodiya) et Neeme Järvi (Orfeo) en furent les artisans consciencieux. Ce fut une révélation. Bien sûr, elles appartiennent stylistiquement, sans honte aucune, au XIXe siècle, et en cela, Glazounov est peut-être la synthèse Rimski-Korsakov – Borodine – Tchaïkovski, mais sans le caractère névrotique de ce dernier. Trois autres intégrales des années 90 allaient confirmer, avec plus ou moins de bonheur, la place de ces œuvres qu’elles n’auraient jamais dû quitter : Evgueni Svetlanov (Melodiya/Warner), Valery Polyansky (Chandos/Brilliant) et Alexander Anissimov (Naxos), ce dernier nous offrant en prime la Symphonie n°9 inachevée. Et finalement, les années 2000 nous offrent encore deux intégrales : celle de Tadaaki Otaka (BIS), et celle sous rubrique de (Warner Classics).

Il est étonnant que Warner Classics, qui dispose déjà des versions Evgueni Svetlanov, ait entrepris cet enregistrement, mais contrairement à Svetlanov, propose une vraie intégrale avec la Symphonie n°9 inachevée, et Warner a conservé les compléments des CDs individuels initiaux, ce qui nous vaut, entre autres, la meilleure version des Saisons depuis la gravure de Robert Irving (EMI). Un atout supplémentaire est la présence de la totalité de l’œuvre concertante de Glazounov, concentrée sur les deux derniers CDs, avec la participation d’une phalange du terroir, l’Orchestre National de Russie. Rassembler tout cela dans ce petit coffret est une excellente idée et une première.

La Symphonie n°1 en mi majeur est l’opus 5 d’un enfant prodige de 16 ans à qui Rimski-Korsakov n’avait plus rien à apprendre. L’œuvre révèle déjà une personnalité remarquable malgré l’influence musicale bien naturelle de son maître et de Borodine, influence qui s’atténuera dans la Symphonie n°2 en fa dièse mineur op. 16 et la Symphonie n°3 en ré majeur op. 33. À partir de la Symphonie n°4 en mi bémol majeur op. 48, son style est définitif et variera peu, sinon pour atteindre un dramatisme plus marqué dans la Symphonie n°6 en ut mineur op. 58, et montrer la plus haute maîtrise contrapuntique dans la Symphonie n°8 en mi bémol majeur op. 83. La Symphonie n°9 en ré mineur « Inachevée » (et non pas en ré majeur, comme s’acharne à l’écrire partout l’éditeur…) porte en un seul mouvement lent-vif-lent un regard nostalgique, sinon désabusé, sur les précédentes. Les admirables interprétations de José Serebrier nous font prendre pleinement conscience de l’homogénéité de ce splendide corpus symphonique : elles ne sont pas aussi typées que celles, très russes, de Rojdestvenski et, surtout, de Fedosseïev, certainement dans le désir de les rendre plus universelles, magnifiées en cela par un Orchestre National Royal d’Écosse qui décidément se révèle un des tout meilleurs du Royaume-Uni.

José Serebrier est le premier à rassembler en deux CDs toutes les œuvres concertantes de Glazounov, en des interprétations nettement préférables à celles disséminées sur divers disques Naxos, grâce à la supériorité évidente des solistes. Le jeu frémissant de la violoniste américaine convient à merveille au Concerto pour violon en la mineur op. 82 et à la nostalgique Méditation en ré majeur op. 32 ; les deux Concertos pour piano, un temps populaires au disque grâce aux vénérables versions Telefunken de la pianiste Elena Glazounov (la belle-fille d’Alexandre) et du chef d’orchestre Alois Melichar, trouvent ici en Alexandre Romanovski un interprète particulièrement inspiré. Le bref Chant du Ménestrel op. 71 pour violoncelle et orchestre nous fut révélé par Mstislav Rostropovitch et Seiji Ozawa chez DGG, mais cette courte page doit le céder devant le plus consistant Concerto Ballata en ut majeur pour violoncelle et orchestre op. 108 dédié à Pablo Casals, et Wen-Sinn Yang, interprète des deux œuvres, n’a pas à rougir face à son illustre devancier. Du côté des vents, l’impeccable corniste s’acquitte magistralement de la délicieuse Rêverie en ré bémol majeur op. 24 ; et rappelons finalement que les saxophonistes sont redevables à Glazounov de deux superbes partitions pour leur instrument issues de sa plume : le Quatuor en si bémol pour saxophones et le Concerto en mi bémol pour saxophone alto et orchestre à cordes, tous deux op. 109. Cette dernière œuvre, joyeuse et quelque peu mélancolique, et dédiée au célèbre saxophoniste Sigurd Rascher, est ici superbement interprétée par , qui prouve par la même occasion que Glazounov était loin d’être le musicien académique dont on l’a à tort trop souvent qualifié.

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Alexandre Glazounov (1865-1936) : Intégrale des 8 symphonies ; Symphonie n°9 en ré mineur « Inachevée » (instrumentation et édition : Gavriil Youdine) ; Les Saisons, ballet intégral op. 67 ; Raymonda, suite de ballet op. 57a ; La Mer, fantaisie en mi majeur op. 28 ; Introduction et Danse de Salomé, op. 90 ; Concerto pour piano n°1 en fa mineur, op. 92 ; Concerto pour piano n°2 en si majeur, op. 100 ; Concerto pour violon en la mineur, op. 82 ; Méditation en ré majeur pour violon et orchestre, op. 32 ; Concerto Ballata en ut majeur pour violoncelle et orchestre, op. 108 ; Chant du Ménestrel, op. 71 pour violoncelle et orchestre ; Concerto en mi bémol majeur pour saxophone alto et orchestre à cordes, op. 109 ; Rêverie en ré bémol majeur pour cor et orchestre, op. 24. Marc Chisson, saxophone alto ; Alexeï Serov, cor ; Rachel Barton Pine, violon ; Wen-Sinn Yang, violoncelle ; Alexandre Romanovski, piano. Royal Scottish National Orchestra, Orchestre National de Russie (œuvres concertantes), direction : José Serebrier. 1 coffret 8 CD Warner Classics 2564664674. Code barre : 825646646746. Enregistré entre janvier 2004 et avril 2010 au Henry Wood Hall, Glasgow, et en la Salle Svetlanov, Centre International des Arts du Spectacle, Moscou. DDD. Notices par Internet (anglais) excellentes. Durée : 58’53 ; 77’48 ; 69’59 ; 70’31 ; 66’48 ; 78’50 ; 56’11 ; 57’48.

 
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