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Marek Janowski, Brucknérien superlatif

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°3 en ré mineur A.94 dite « Wagner-Symphonien » (Version 1889). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Marek Janowski. 1 cd Pentatone PTC 5186 449. Code barre : 8 27949 04496 0. Enregistré au Victoria Hall de Genève en octobre 2011. Livret de présentation en anglais, allemand et français. Durée : 53’20

 

L’an dernier, l’ sous la direction de offrait la Symphonie n°3 d’ dans le cadre de son concert traditionnel pour les Nations Unies. Nous avions relaté le plaisir que Janowski avait procuré à son public dans sa grandiose prestation. C’est cette même symphonie qui, aujourd’hui fait l’objet d’un enregistrement capté à la période de ce concert. Avec le souvenir fatalement estompé de cette formidable soirée, quand aujourd’hui l’enregistrement nous arrive, on se dit que peut-être, l’écoute plus attentive de cette interprétation dans le moelleux de son salon, l’enthousiasme d’alors se trouvera peut-être déçu.

Si ce n’est à cause des limitations inhérentes à l’installation de haute-fidélité, et l’impossibilité de l’utiliser au maximum de ses capacités sonores (même avec des voisins compréhensifs), le plaisir de l’écoute reste heureusement intact. Même, il semble que les nuances entre les pianissimi et les fortissimi sonnent encore plus subtilement que lors du concert. Sans les inévitables bruits parasites du concert, avec le silence environnemental de la salle de concert vidée de ses spectateurs, la baguette de se régale à nuancer dans la dentelle son pour le faire ensuite exploser avant de l’interrompre brusquement, comme pour distiller les harmoniques des tutti qui s’envolent dans le studio.

Après l’extraordinaire délire sonore et contrasté du premier mouvement, l’inspiration qui habite Marek Janowski offre un deuxième mouvement tout en couleur. Avec des cordes d’une magnificence grandiose, le chef allemand signe une page d’une émotion bouleversante. Quelle intensité, quelle beauté, et quelle magnifique évidence dans la continuité du discours musical.

Dans le scherzo (Ziemlich schnell) du troisième mouvement, on réalise le niveau d’interprétation joint par l’Orchestre de la Suisse Romande sous l’autorité du chef allemand. On sent le plaisir des musiciens à jouer à la hauteur des meilleurs orchestres européens. Tout n’est que légèreté viennoise et rigueur musicale, dans un admirable échange entre les cuivres et les cordes avec la seule envie de donner à l’œuvre des couleurs tantôt boisées, tantôt cuivrées. Avec la volubilité de la valse viennoise.

 

Dans le final, la tension qui habite toute cette symphonie ne se relâche pas. Janowski tient ses troupes avec la même verve, avec la même rigueur, avec la même musicalité, avec la même respiration d’une musique qu’il porte en lui. Jusqu’à l’apothéose de l’explosion finale. Avec la complexité de l’écriture de cet ultime mouvement, on comprend que Marek Janowski a attendu que son orchestre soit techniquement parfaitement au point pour présenter cette symphonie (que Bruckner a revue et reprise pendant douze ans avant d’en éditer cette version définitive).

 

Alors qu’on se souvient que le concert avait été chargé d’une émotion profonde, l’enregistrement que Marek Janowski laisse ici est tout simplement superlatif. Avec cette Symphonie n°3, il laisse a plus exceptionnelle empreinte de son passage à la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande. Comme un testament qui fera date dans la mémoire des Genevois.

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