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Peut-on sortir indemne de la destruction de l’œuvre de toute une vie ?

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Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 

(1908-1981)

Un violent incendie ravage une ferme isolée du Hardanger, région sauvage et tranquille de la Norvège. Toute destruction par le feu constitue un drame personnel douloureux réduisant en cendres un passé et ses souvenirs. Ce jour-là, dans sa demeure de Norheimsund, les flammes impitoyables réduisent à néant la quasi-totalité du travail de toute une  vie. Celle d’un artiste réputé et  reconnu comme l’un des plus grands compositeurs de Norvège de son époque. Une très forte personnalité, par beaucoup considéré comme l’un des successeurs les plus doués de l’immense Edvard Grieg. Nous sommes en 1970, le feu fait rage et les partitions anciennes et récentes de disparaissent à tout jamais pour la majeure partie. Né en 1908, il a derrière lui une carrière de créateur dans son pays natal mais également en Europe. A plusieurs reprises il s’est produit en France, la presse de l’époque annonce régulièrement sa venue et donne des comptes rendus le plus souvent favorables à ses prestations. Certaines de ses partitions portent nettement la marque de l’influence hexagonale. La France, il la connaît car il a jadis travaillé et fréquenté, à Paris,  des compositeurs de premier ordre comme Eugène Bigot, Maurice Ravel, Florent Schmitt, Arthur Honegger.

En 1928 Geirr Tveitt s’était rendu pour parfaire son éducation musicale à Leipzig (et Vienne) comme tant d’autres artistes nordiques prometteurs grâce à une lettre de recommandation du fameux Christian Sinding.

Ces fréquentations artistiques impriment de profondes marques sur son œuvre mais pas uniquement car la musique populaire de sa Norvège natale (à l’instar de Grieg, Halvorsen et Svendsen) l’inspire au plus haut point et nombre de ses partitions, sans rien recéler de passéiste s’en inspireront amplement. On pense notamment à cet égard aux excellents Cent airs folkloriques de Hardanger (arrangements et compostions originales pour orchestre stimulées par des airs populaires pour violon de sa région natale).

Pédagogue, critique musical, conseiller musical à la Radio nationale, chercheur et théoricien, il s’intéresse aussi aux instruments populaires de Norvège, Tveitt aura marqué la vie musicale de son pays et défendu un style nordique et certaines thèses pas toujours adoptées par ses contemporains.

Face à l’ampleur des dégâts et une fois le découragement conjuré, il tente de sauver ou de récupérer tout ce qu’il peut de son vaste catalogue. D’autres, musicologues ou musiciens, retrouvent quelques partitions et enregistrements radiophoniques sauvegardés et les retranscrivent sur le papier à musique. Sans pouvoir prétendre reconstituer l’intégralité de sa musique tous ont œuvré et ont sauvé quelques dizaines de partitions des plus importantes. Et aujourd’hui,  plus de trente ans après sa disparition survenue en 1981, on peut affirmer que Geirr Tveitt a conservé la place qui lui revient légitimement parmi les plus importants compositeurs norvégiens nationalistes du 20e siècle.

Il n’est pas certain qu’à sa mort Tveitt était parvenu à surmonter le choc de la tragédie. Au moins avait-il pu acquérir la conviction que ce qui avait échappé à la destruction ferait perdurer sa trace dans l’Histoire de la musique européenne.

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Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 
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