Franz Berwald : industriel en orthopédique, brique, verre, bois et… musicien exceptionnel !

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Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 

(1796-1868)

Pas d’erreur, il s’agit bien d’un musicien de premier ordre, le suédois qui rencontra le succès de son vivant avec une brièveté surprenante, abandonna la musique puis y revint après avoir été obligé de gagner son existence avec des activités extra-musicales.

Aujourd’hui son nom évoque quatre symphonies (1841-1845) des plus novatrices aux sous-titres français inusités (n° 1 en sol mineur, Sérieuse, la seule exécutée de son vivant ; n° 2 en ré majeur, Capricieuse ; n°3 en ut majeur, Singulière, n° 4 en mi bémol majeur, sans titre, créée soixante ans après sa composition),  un très attachant Concerto pour violon en do dièse mineur mais aussi cinq poèmes symphoniques très bien ficelés (dont Jeu d’Elfes et Caprices graves et joyeux), deux opéras de qualité (Estrella de Soria et la Reine de Golconde), des opérettes appréciées, des cantates, toutes œuvres élaborées au début des années 1840.

De son vivant il ne fut guère prophète en son pays et connut plus de succès à Vienne durant une courte période.  Il  fut élu membre honoraire du Mozarteum de Salzbourg.

Sa production relativement réduite n’a conquis le monde des auditeurs que bien après sa mort et à présent il ne saurait être question de passer sous silence sa création jamais qualifiée comme démodée. Ce violoniste engagé à la Chapelle royale de Stockholm (1812-1828) vécut à Berlin (1829) où il se lia d’amitié avec Mendelssohn et Zelter. Après un séjour à Vienne (en 1841) où l’on joue plusieurs de ses musiques, il visite Paris et plusieurs autres centres musicaux avant de rentrer définitivement en Suède en 1849. Son originalité tardant à s’imposer et les déboires s’accumulant, il est bientôt amener à gagner sa vie dans des domaines étrangement éloignés de ses aspirations artistiques. Ainsi se lance-t-il dans les affaires et devient-il responsable d’un établissement d’appareils orthopédiques qui s’avère financièrement rentable et lui amène une certaine renommée (1835). Lorsqu’il quitte Berlin, c’est en Suède qu’on le retrouve à la tête d’une verrerie à Sandö (Ångermanland) dans le nord du pays entre 1850 et 1858 et propriétaire d’une scierie (1853). Il gère un temps une fabrique de briques.

Ses idées progressistes diffusées sous forme de pamphlets parfois virulents l’éloignent plus encore des milieux conservateurs.

Si on perçoit ici ou là des influences lointaines venant de Berlioz, Spohr, Weber et Schumann, la musique de Berwald s’impose par son classicisme revisité et concis, son emploi de traits brefs et secs très particuliers, une certaine adéquation à l’esprit scandinave et une grande richesse mélodique soutenue par une harmonie tonique et attachante et étonnamment par un climat délicatement nostalgique. Longtemps tenu à l’écart  du monde musical suédois   son art n’atteindra pratiquement pas ses contemporains de son vivant. Néanmoins,  tardivement,  il est nommé membre de l’Académie royale de musique de Stockholm où il  devient professeur  de composition seulement un an avant son décès.

Berwald fut assurément le compositeur nordique le plus notable et surtout le symphoniste le plus important bien avant Carl Nielsen et Jean Sibelius. Il aura fallu attendre que des chefs comme Tor Aulin et Wilhelm Stenhammar participent activement à la résurrection de sa musique éternelle, en autres choses grâce à la constitution d’orchestres symphoniques permanents et de qualité.

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