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Hélène Grimaud et Andris Nelsons, nouveaux partenaires

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 23-XI-2012. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur op.83. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°6 en si mineur op.74 « Pathétique ». Hélène Grimaud, piano. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Andris Nelsons.

A l’exception de quelques trous parmi les rangs les plus coûteux, le Théâtre des Champs-Élysées était comble pour accueillir la pianiste française qu’allait accompagner pour le Concerto pour piano n°2 de Brahms l’illustre confié cette fois-ci à une des étoiles montantes de la direction d’orchestre, le letton , qui allait ensuite se lancer dans la Symphonie Pathétique de Tchaïkovski. Une équipe finalement assez nouvelle puisque la pianiste française ne joue avec les Viennois que depuis quelques mois et le chef ne les dirige, certes désormais régulièrement, que depuis 2010.

Si le premier concerto de Brahms est quelque peu massif et peu propice à une grande variété d’interprétations, le second se laisse plus facilement porter vers différents rivages, pour peu qu’on y respecte sa logique musicale et que l’entente entre chef et soliste y soit optimum. On eut clairement la sensation ce soir que chef et pianiste jouaient certes de concert, d’une main ferme et décidée, avec un équilibre piano-orchestre constamment impeccable, sans toutefois nous emporter irrésistiblement avec eux. Leur vision, au moins des trois mouvements vifs, nous sembla trop axée sur la pure énergie au détriment de la respiration, des nuances, des variations de climats. Et du coup, si l’œuvre nous parut avancer grâce à des tempos allants, elle nous parut moins bien progresser. Son aspect organique, très important chez Brahms, fut assez peu mis en évidence, et la relation entre tension et détente fut trop mécanique.

Ce jeu quelque peu univoque fut un peu plus sensible dans le piano d’, qui ne ménagea pas ses efforts et fit preuve d’un bel engagement mais qui réduisit trop le spectre expressif, que du côté de l’orchestre qui, Vienne oblige, garde ses moments de grâce naturels, sans non plus reproduire une performance mémorable, comme on l’attend toujours de la part d’une phalange de ce calibre. Comme souvent dans ces cas-là, l’intérêt s’estompe par moment pour être réveillé ailleurs, sans nécessité apparente. Certains moments attendus déçoivent car semblant sortir d’une autre œuvre, tel le célèbre fugato du deuxième mouvement, d’autres réussissent trop rarement à émouvoir, comme la fin assez réussie de l’Andante. Au final cette version appliquée et énergique manqua d’émotion et d’esprit brahmsien ou viennois, au choix, pour totalement convaincre.

Les quatre mouvements de la Symphonie Pathétique de Tchaïkovski ne se différencièrent pas tant que cela du Brahms qui précéda puisqu’on y retrouva un peu la même façon d’animer le discours en jouant sur l’élan, l’énergie, la différence entre passages apaisés et emportés dans lesquels le chef déploie volontiers toutes ses forces au moyen parfois de quelques rapides accélérations. Là encore l’esprit « Pathétique » ne nous a pas semblé souffler tout au long de cette œuvre, et en particulier sur les deux mouvements extrêmes, les plus exigeants de ce point de vue. Le contraste n’était d’ailleurs pas si marqué avec l’Allegro con grazia qui ne joua pas autant que prévu son rôle de bouffée d’air pur. Comme on pouvait s’en douter le chef n’hésita pas à jouer de tout son impressionnant physique pour conduire l’Allegro molto vivace, bondissant, tel Leonard Bernstein jadis, pour lancer les longs passages sempre fff jusqu’au ffff, et si l’énergie était bien là, l’implacabilité de ce mouvement y était plus discrète. Quant à l’Adagio lamentoso conclusif, il fut prit dans un tempo très classique, s’enfla en son cœur avec une urgence très, voire trop, marquée, pour s’apaiser ensuite un peu trop directement, sans pathos excessif, jusqu’à son extinction finale, qui ne suspendit pas le temps pour autant.

Pour conclure sur une valse, sans trop rompre avec le ton de la symphonie qui venait de s’achever, chef et orchestre offrirent au public une très retenue, presque décomposée dans ses phrasés, Valse triste de Jean Sibelius.

Crédit photographique : Hélène Grimaud © Mat Hennek – DG

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 23-XI-2012. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur op.83. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°6 en si mineur op.74 « Pathétique ». Hélène Grimaud, piano. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Andris Nelsons.

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