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Long-Thibaud : trois pianistes sud-coréens de 20 ans dominent le concours 2012

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Paris, Opéra Comique. 06-XII-2012. Finale du concours Long-Thibaud 2012. Jury : Président : Menahem Pressler ; Bertrand Chamayou, pianiste ; Catherine d’Argouet, directrice de festival ; Rico Gulda, pianiste ; Momo Kodama, pianiste ; Cécile Ousset, pianiste ; Kun Woo Paik, pianiste; Katia Skanavi, pianiste; Ventsislav Yankoff, pianiste.
Lauréats :
Premier grand prix : non décerné
Deuxième grand prix : Jong Do An
Troisième grand prix : Ismaël Margain
Quatrième grand prix : Juyoung Park
Cinquième prix : Jae-Yeon Won
Sixième prix : Andrejs Osokins

Parmi les lauréats du concours 2012, sur un total de cinq finalistes, figurent cette année trois jeunes sud-coréens. Choix  justifié par l’excellence, la qualité de leur prestation laissant penser plus à des concertistes qu’à des concurrents. Ce qui fait regretter l’absence d’un Premier grand prix. Que ces trois lauréats  aient pu être entendus ensemble à la fois lors de la demi-finale, de la finale récital puis de la finale concerto, a donné la possibilité au public de découvrir leurs immenses qualités individuelles. De surcroît   leurs interprétations d’une belle maturité, ont révélé qu’ils sont déjà capables d’apporter un renouvellement vivifiant à la lecture des œuvres proposées. Un détachement paisible leur permet de franchir les portes du réel pour ouvrir à la musique  leur monde intérieur, sa profondeur, comme des maîtres. Sidéré, un pianiste et compositeur  déclarait, lors de l’attente du classement des lauréats, qu’il s’agissait de l’alchimie secrète de la concentration  et de la  contemplation.

On constate qu’ils ont en partage de grandes qualités pianistiques et musicales qui les distinguent d’emblée grâce à trois caractéristiques communes . La  première : le toucher, jamais brutal, bien dans le clavier, rond, chaux, souvent lumineux (plusieurs fois, à propos de cette lumière qui jaillit des doigts, le jeu de Richard Goode,  nous est venu à l’esprit). La seconde : une écoute de chaque note, attentive à l’ensemble, à la recherche de nuances dans les couleurs, du juste poids. Avec l’orchestre, une écoute constante des instruments, fuyant les dialogues de sourds. Jamais trop de force, de surcharge sonore gratuite, de virtuosité verbeuse. On assiste à l’invention du son, ainsi de Won, penché sur son clavier, réfléchissant avant de jouer une note précise, comme si la partition était ouverte pour la première fois. Enfin cette qualité rare : le sens de la construction des œuvres, de leur unité secrète, associé à l’intensité du chant des mélodies et de leur accompagnement. Toutes les voix chantent.

Evoquons quelques sommets :   , lors de la finale récital, proposa la sonate de Schubert en si b majeur D. 960, avec beaucoup de simplicité et, dans l’allure, une binarité rythmique  lui conférant son unité, (recherches comparables à celles de Leif Ov Andsnes), avec des sonorités venues des lointains du rêve. Cela, avant la mystique interprétation  de l’œuvre d’Olivier Messiaen, le cosmique Regard sur l’Enfant Jésus « Par Lui tout a été fait ». Dans le concerto de Schumann ; magistral, on était loin de la lutte entre un orchestre et un piano : il s’agissait bien au contraire, d’une osmose de tous les instants, dans les dynamiques et les couleurs, entre le soliste et les musiciens, donnant une force inouïe au sens propre, à cette œuvre, avec des phrasés rarement aussi intelligemment discursifs et aussi libérés.

Juyoung Park a émerveillé l’auditoire avec  le fameux air de Bach/Petri extrait de la cantate BWV 208, lumineux et ineffable. Dans ses Etudes symphoniques de Schumann il sait aborder donner une belle ligne directrice, un élan inspiré. Rachmaninov semblait présent dans sa magnifique Rhapsodie sur un thème de Paganini, si ce n’est une partie lyrique sans doute pas assez noire.

Disons notre admiration pour  Jae-Yeon Won : inoubliable son Impromptu de Schubert, op. 142, n°3, promenade émerveillée dans une nature printanière du marcheur, frisch und gesund. Cette santé qui, au fonds, semble définir le tempérament de nos artistes. Quant à la sonate de Liszt en si mineur, il en fait un monument digne de Michel Ange, monument qui serait habité par  La Divine Comédie  de Dante, des visions de l’enfer terrifiantes à l’illumination d’un Paradis d’azur sous le regard divin.

Un grand coup de chapeau à l’excellent chef d’orchestre ,à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, et à ses musiciens si attentifs que cette prestation fut intense et généreuse, loin des accompagnements de corvée dont doivent se contenter les concours, sauf le Concerto n°23 de Mozart (interprété par Ismaël Margain), trop routinier sans doute par manque de temps pour répéter. Cinq concertos en 24 heures ne l’oublions pas !

Les interprétations fracassantes, les prestations pianistiques plus que musicales  semblent datées. Une nouvelle ère  sans doute, arrive, dans l’interprétation, parallèlement au travail de recherche fantastique de Jérémie Rhorer avec son Cercle de L’Harmonie, qui nous rend Mozart, et aussi à  l’approche des œuvres à partir des pianos de leur époque.

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Paris, Opéra Comique. 06-XII-2012. Finale du concours Long-Thibaud 2012. Jury : Président : Menahem Pressler ; Bertrand Chamayou, pianiste ; Catherine d’Argouet, directrice de festival ; Rico Gulda, pianiste ; Momo Kodama, pianiste ; Cécile Ousset, pianiste ; Kun Woo Paik, pianiste; Katia Skanavi, pianiste; Ventsislav Yankoff, pianiste.
Lauréats :
Premier grand prix : non décerné
Deuxième grand prix : Jong Do An
Troisième grand prix : Ismaël Margain
Quatrième grand prix : Juyoung Park
Cinquième prix : Jae-Yeon Won
Sixième prix : Andrejs Osokins

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