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The Messiah, puissant à l’Opéra de Lyon

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Lyon. Opéra de Lyon. 11-XII-2012. Georg Friedrich Handel (1685-1759), The Messiah, oratorio sur un livret de Charles Jennens. Deborah Warner, mise en scène ; Tom Pye, décors ; Moritz Junge, costumes ; Jean Kalman, lumières ; Vidéo 59 Productions, création vidéographique ; Kim Brandstrup, chorégraphie. Avec : Sophie Bevan, soprano ; Catherine Wyn-Rogers, contralto ; Andrew Kennedy, ténor ; Andrew Foster-Williams, baryton-basse. Maîtrise, Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Lyon, Laurence Cummings (direction).

Cette inattendue production offre une premier avantage : sorti des églises, ce célébrissime oratorio (sacré comme il se doit, mais destiné à l’espace social laïc) révèle, dans une acoustique enfin appropriée, sa puissance (et ses quelques faiblesses).

Pour l’essentiel, la puissance tient à l’écriture chorale, où le souffle épique le dispute à la variété des formes et des expressions. Non, The Messiah n’est pas un collier de chœurs que des interprètes et une excessive réverbération ecclésiale confondent en un brouet sonore continu et indistinct. Bien au contraire, l’architecture chorale y est raffinée, élancée et riche d’autant de dispositifs que de numéros. Cette puissance est ici renforcée lorsque (et c’est le plus souvent le cas) le très excellent Chœur de l’Opéra de Lyon chante, immobile, face à la salle et regardant chaque spectateur droit dans les yeux : impossible de ne pas être bouleversé par cette intense conviction rhétorique. Sans doute sont-ce de similaires qualités qui frappèrent Haydn lors de ses deux séjours londoniens et le poussèrent à écrire ses deux oratorios « pour le monde », Die Schöpfung et Die Jahreszeiten. Dans de tels cas, où scène et salle se rapprochent pour ne plus former qu’une entité, la musique, alors conséquente et bouleversante, devient un ample ciment social et peut, à bon droit, être qualifiée de « populaire »..

Des quatre solistes vocaux, deux se sont plus particulièrement détachés. Avec son éloquence variée et son style élégant, le ténor , rappelle combien, en composant son néo-baroque Rake’s Progress, Stravinsky puisa, avec gourmandise, dans la littérature handelienne. De son côté, , véritable contralto à la voix longue, sombre et unie, a ému par son expressivité pudique et dense.

Dirigé avec vivacité (toutefois dans une trop grande neutralité stylistique) par , l’Orchestre de l’Opéra national de Lyon – passé, pour cette production, aux trompettes anciennes et aux timbales « à robinets » – a été précis et coloré.

Mettre en scène The Messiah relève de la gageure. Non pas tous les oratorios handeliens (avec leur narration continue, leurs personnages et leur dramaturgie, certains sont des opéras en chasuble), mais celui-ci précisément. Aucun rôle auquel le spectateur pourrait s’identifier ; une histoire sans surprise, mondialement connue et que chacun prétend maîtriser à sa façon ; et une absence de tout dispositif et de toute rhétorique théâtraux. Faute de texte dramatique solide (les vers de Charles Jennens ne sont pas en cause), a tenté d’élaborer son propre texte dramaturgique. Mais elle a été contrainte de le glisser dans tellement d’anfractuosités qu’il s’éparpille et manque de cohérence. En conséquence, elle s’efforce de compenser une théâtralité presque impossible à créer par une succession de dispositifs plaqués, d’objets inutiles et d’intentions momentanés ; une intelligente création vidéographique (Vidéo 59 Productions) rattrape quelque peu ces éparpillements. Avec son poste médical à jardin et sa chambre à coucher à jardin que séparent des rangées bancs (de réunion laïque ou d’office cultuel ?), le premier acte peut intriguer et amuser. Et si le deuxième ne trouve pas l’équilibre entre le récit de la passion christique et l’expression pour en rendre les souffrances, le troisième finit par agacer, d’autant que la plume de Handel y est gagnée par d’inhabituelles faiblesses (l’interminable air The trumpet shall sound). accumule tant de bons sentiments et de préoccupations curatives (assurément, elle aime à soigner les bobos !) qu’elle est proche d’amoindrir l’impact – émotionnel et social – du message choral que, par ailleurs, elle magnifie. Piquante au début à plate au tomber final du rideau, la chorégraphie de suit la même trajectoire descendante.

Deborah Warner n’a toutefois rien commis de malhonnête (tout le contraire de Pier-Luigi Pizzi lorsqu’il mit en scène la Johannes Passion de Bach) : simplement, ce travail émietté et naïf n’a pas persuadé de courir voir d’ultérieures productions de « purs oratorios » handeliens.

Crédits photographiques : © Stofleth

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Lyon. Opéra de Lyon. 11-XII-2012. Georg Friedrich Handel (1685-1759), The Messiah, oratorio sur un livret de Charles Jennens. Deborah Warner, mise en scène ; Tom Pye, décors ; Moritz Junge, costumes ; Jean Kalman, lumières ; Vidéo 59 Productions, création vidéographique ; Kim Brandstrup, chorégraphie. Avec : Sophie Bevan, soprano ; Catherine Wyn-Rogers, contralto ; Andrew Kennedy, ténor ; Andrew Foster-Williams, baryton-basse. Maîtrise, Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Lyon, Laurence Cummings (direction).

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