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Une Missa solemnis accomplie par Philippe Herreweghe

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Missa solemnis, opus 123. Marlis Petersen, soprano ; Gerhild Romberger, mezzo-soprano ; Benjamin Hulett, ténor ; David Wilson-Johnson ; Alessandro Moccia, violon ; Collegium vocale Gent, Orchestre des Champs-Elysées, Philippe Herreweghe, direction. 1 cd Phi 007. Code barres : 5400439000070. Enregistré au Concertgebouw, à Bruges, en novembre 2011. Livret quadrilingue (anglais français allemand néerlandais) de William Drabkin. Durée totale : 75’20’’

 

Avec les mêmes forces ( et Orchestre des Champs-Elysées), avait déjà gravé la Missa solemnis pour Harmonia Mundi. Depuis lors, il a souvent donné cette œuvre en concert, par toute l’Europe et au-delà. Et, grâce à ce travail devant les publics, il a approfondi son entendement de cette œuvre dont la monumentalité est trop souvent considérée avec un intimidant a priori, où s’entrelacent un « noli me tangere », un « ne me touchez pas, ne me touchez pas, ou je me jette à l’eau ! » et un respect compassé pour une architecture obséquieuse et statique.

Indiscutablement, fréquenter Lassus, Schütz, tout le répertoire luthérien du baroque allemand, Bruckner, Stravinsky et Webern a-t-il aidé à se forger une oreille polyphonique (non pas figée mais incroyablement mobile) que, toutes pratiques confondues, peu de chefs d’orchestre possèdent actuellement. Depuis deux décennies, « son » et les grands orchestres européens dont il a la charge [il est le directeur musical de deFilharmonie (l’Orchestre royal philharmonique des Flandres) et chef invité permanent de la Radio Kamer Filharmonie aux Pays-Bas] ou qui l’invitent souvent [Concertgebouworkest Amsterdam, Gewandhausorchester de Leipzig ou Mahler Chamber Orchestra] lui ont permis de sculpter sa propre préhension du temps musical et de travailler la couleur, non pas comme une vêture (même seyante, chatoyante et élégante) de l’écriture mais dans une forge où elle est un parmi les autres matériaux sonores en fusion, aux côtés du temps, de l’espace, du discours, de la substance organologique et de la poétique singulière à chaque œuvre.

Sans prétendre connaître tous les enregistrements phonographiques de cette Missa solemnis mais en affirmant en avoir toutefois entendu une vingtaine, le rédacteur de cette chronique affirme qu’aucun autre n’en offre un discours que sa fluidité et ses soudains contrastes rapprochent des ultimes quatuors-à-cordes beethoveniens, avec un lyrisme tendu jusqu’à l’insoutenable et des ruptures (spatiales, temporelles, discursives, dynamiques et formelles) à la limite de l’extravagance, dans un insolent tutoiement du Dieu créateur. À cet égard, Kyrie, Sanctus (avec son éthéré Benedictus) et Agnus Dei sont emblématiques. Quant aux plages plus longues (Gloria et Credo), elles gagnent ici une rare continuité contrastée (est ici résolu ce qui souvent est un impossible oxymore). Autrement dit : cette Missa solemnis a une assise et chambriste et monumentale (lorsque le monumental est d’abord un élan puissant et large).

Les quatre solistes sont à la hauteur de ces ambitions, tandis que l’ offre, en permanence, une plastique et un équilibre sonores idéaux, et, à certains moments (le début d’Agnus Dei) une forge sonore inouïe (au sens premier du terme : jusque-là inconnu à l’audition).

Chaque lecteur l’aura compris : cette Missa solemnis est d’un accomplissement rare et considérable. Beethoven y recouvre cette naïveté visionnaire que l’institution orchestrale s’épuise trop souvent à ne pas atteindre.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Missa solemnis, opus 123. Marlis Petersen, soprano ; Gerhild Romberger, mezzo-soprano ; Benjamin Hulett, ténor ; David Wilson-Johnson ; Alessandro Moccia, violon ; Collegium vocale Gent, Orchestre des Champs-Elysées, Philippe Herreweghe, direction. 1 cd Phi 007. Code barres : 5400439000070. Enregistré au Concertgebouw, à Bruges, en novembre 2011. Livret quadrilingue (anglais français allemand néerlandais) de William Drabkin. Durée totale : 75’20’’

 
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