Éditos

« Etonne-moi ? » en version 3.0

 

A Londres, le d’Esa-Pekka Salonen, vient de frapper un grand coup avec son application The Orchestra pour tablettes tactiles.  Associé à Touch Press, l’une des agences les plus réputées dans le domaine de la création d’applications, l’orchestre vous propose une plongée musicale à travers trois siècles de musique de Haydn à Salonen, lui-même compositeur. On est ainsi projeté au cœur de l’orchestre avec interprétations captées  en vidéo par plusieurs caméras mais l’œil peut aussi suivre la partition en surimpression, tout en allant et venant à travers les pupitres de l’orchestre. Des commentaires du chef et des musiciens accompagnent l’expérience tout comme une présentation des instruments. Il va de soi que cet orchestre, que l’on peut emmener partout est une vrai valeur ajoutée puisque les qualités techniques, musicales, éditoriales et d’innovations sont réunies.

En Belgique, le a fait la une des journaux à deux reprises : en septembre, il lançait, en première mondiale ses sonneries orchestrales pour téléphone portable ; mais surtout, en novembre, il annonçait, lors d’un concert évènement, l’abandon des partitions papiers au profit de tablettes tactiles.  Cette transition a fait un buzz considérable et assuré à l’orchestre belge une visibilité internationale, largement supérieure aux retombées de plusieurs tournées de prestiges ou de dizaines d’enregistrements discographiques.

A travers ces  évolutions, c’est non seulement une question d’innovation, mais surtout, il s’agit, pour les institutions musicales, de remporter la bataille pour la visibilité, élément incontournable dans la consolidation d’une notoriété (et d’une légitimité) dans un monde aussi rapidement évolutif que le nôtre.  Comme le dit Gunther Broucke, l’intendant du dans un spot vidéo : « il faut bien jouer, donner de bons concerts, faire de bons enregistrements, mais ça ne suffit pas. Nous voulons être innovants. » Au fond, nous sommes peut être revenu au célèbre «étonne-moi », lancé par Diaghilev à Cocteau, sauf que cet étonne-moi est plus technologique qu’artistique.

Même si ces temps de crise et de disettes budgétaires soumettent les institutions culturelles à des coupes drastiques ou des économies imposées, l’innovation et la visibilité, ne peuvent que consolider la place de la musique classique. Les outils technologiques devenant tellement présents dans notre quotidien, ignorer leur potentialité reviendrait à un aveuglement coupable. Nul doute qu’un fossé irrémédiable se creusera entre les institutions qui auront su prendre le virage. Mais, avant de se lancer, tête baissée, dans ce monde technophile, il est important d’analyser en quoi les projets développés sont porteurs de valeur ajoutée ? Car pour une application de l’envergure de The Orchestra, combien d’applications décevantes, pâles copies de sites internet existants ?

En vous souhaitant une bonne et heureuse année 2013, remplie de découvertes musicales, nous vous invitons à découvrir notre nouvelle section anglophone Highlights . Devant la globalisation de la musique classique et l’émergence d’institutions musicales dans les pays émergents, publier des articles dans une langue internationale est au service de notre ambition de relayer, partout où elle se trouve, la musique classique par des interprètes innovants.    

(Visited 42 times, 1 visits today)
 
Mots-clefs de cet article