Sviatoslav Richter face à lui-même

À emporter, CD, Musique symphonique

Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour piano n°1 op.23. Sergueï Rachmaninov : Concerto pour piano n°2 op. 18. Sviatoslav Richter, piano ; Orchestre philharmonique de Leningrad, direction : Evgueni Mravinski, Kurt Sanderling (direction). 1 CD Melodiya MEL 1002017. Code barre : 4600317120178. Enregistré les 24 juillet 1958 (Tchaïkovski) et 18 février 1959 (Rachmaninov). Notice trilingue (anglais, allemand, russe). Durée : 68’38’’

 

Datés sur la pochette de 1959 (alors que l’œuvre de Tchaïkovski a été captée l’année précédente) ces enregistrements de réédités par le label Melodiya font-ils « doublon » avec le même couplage – sous d’autres baguettes – disponible dans la collection « The Originals » de Deutsche Grammophon ? A la réponse négative, il faut même ajouter que la comparaison tourne à l’avantage de ces bandes alors destinées à l’Est… Question de chefs, certes, mais pas seulement.

Deux mois avant la célébrissime gravure du Concerto n°2 de avec Stanisław Wisłocki, Richter marquait déjà l’œuvre de son empreinte de géant en compagnie de . Si l’enregistrement mystico-marmoréen accompagné par Wisłocki est tout à la gloire du pianiste, cette lecture-ci laisse entendre un chef bien plus impliqué qui, malgré une prise de son mal définie et quelques imprécisions de la part de l’orchestre, est infiniment plus expressif que son « successeur » aux côtés du soliste. Sanderling interroge la dynamique et creuse la partition de manière probablement plus idiomatique qu’aucun autre dans cette œuvre – et contrairement à Wisłocki, le Russe joue sur son propre terrain… La prestation de Richter est ici plus subtilement nuancée. Beaucoup de choses distinguent les deux interprétations et ce, dès l’entame du mouvement initial confiée au piano. Avant même la première note de l’orchestre, le soliste engage le jeu de deux manières sensiblement différentes. Il ne s’impose pas ici la mission de porter toute la partition à bouts de bras et accepte de recevoir autant (voire plus) qu’il donne. L’Andante sostenuto est quant à lui parfois joué en apesanteur tandis que le finale nous éclabousse de virtuosité habitée et laisse à l’orchestre la place qui est la sienne. A moins de tenir absolument au confort sonore du « bel objet » publié par DGG, cette lecture moins impeccable plastiquement mais plus « humaine » musicalement vaut le détour.

Le Concerto de Tchaïkovski avec  n’est pas moins intéressant. Là où la « version Karajan » est (ou « sera », puisqu’en 1962) dirigée par un spécialiste de l’orchestre et basée presque exclusivement  sur l’affrontement, celle-ci est menée de main de maître par un spécialiste de Tchaïkovski plus en phase avec Richter – et ça change tout ! Prométhéens, les deux hommes nous plongent dans un concerto d’expression plus « authentique » et sincère dont le compositeur sort vainqueur. Si ces deux archives ont été maintes fois rééditées (chez Melodiya ou sous d’autres labels confidentiels) et que cette nouvelle sortie n’apporte rien d’inédit aux « Richterolâtres», les autres y trouveront l’occasion d’ajouter cette galette slave à leur discothèque.

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