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Compagnie Antonio Gadès : émouvant retour aux sources

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Paris. Palais des Congrès. 29-XII-2012 et 4-I-2013. Noces de sang : ballet d’après la pièce de théâtre Bodas de sangre. Musique : Emilio de Diego, Perelló y Monreal, Felipe Campuzano. Scénographie et costumes : Francisco Nieva. Suite Flamenca. Musique : Ricardo Freire, Juan Antonio Zafra. Fuenteovejuna. Scénographie et costumes : Pedro Moreno. Musique : Antón García Abril, Faustino Núñez, Antonio Solera, Modeste Moussorgski. Lumières : Dominique You. Chorégraphie : Antonio Gades, Compagnie Antonio Gades.

Compagnie créée quelques mois avant la mort d’, la troupe qui se produit en cette fin d’année 2012 tient à maintenir vivantes certaines des chorégraphies d’un maître du flamenco issu d’une époque révolue où danseurs pouvaient danser indistinctement de la danse traditionnelle et de la danse académique.

La compagnie reste fidèle à l’esprit des ballets montés en 1968 (Suite Flamenca), 1974 (Bodas de Sangre), 1994 (Fuenteovejuna), grâce à l’impulsion de la fille et de la veuve d’.

Bodas de Sangre, issu d’une pièce de Federico Lorca, narre la journée d’un mariage traditionnel dans le sud de l’Espagne, dans un pays où s’opposent les traditions séculaires des mariages d’argent et de clan avec l’amour que se vouent la jeune promise et un homme déjà marié. La mère affligée, grave et digne qui voit partir le bonheur de sa vie dans une maison qui n’est plus la sienne reflète la mélancolie profonde de l’état d’esprit dans lequel règne l’âme du flamenco. Ce n’est pas une noce paysanne avec des airs joyeux et aux accents du bonheur à venir qui délivrent le drame, mais bien l’amour contrarié entre deux êtres qui n’ont pas le droit de s’unir, et qui vont s’enfuir.

Poursuivis, ils sont battus en brèche par d’esthétisants cavaliers lors d’une scène au silence implacable qui semble durer une éternité où le souffle du vent accompagne la souffrance de la fuite sous l’écrasant soleil de la plaine aride. La finalité, dans laquelle le sentiment amoureux se mêle à l’urgence de la mort, détermine une intensité dramatique et une charge émotionnelle qui rendent toute la pièce d’une densité saisissante.

Offert en seconde partie du programme, Suite Flamenca. Les pas de la danse andalouse se trouvent tous ici convoqués : bulerías, soleá, farruca, zapataedo, tanguillo, etc. Il est assez fascinant de constater combien le flamenco est de ce genre de danse qui donne l’opportunité à l’explosion de ce qui avait pu paraître plutôt anodin dans la première partie, et autorise à n’importe quel danseur d’être atteint d’une vigueur et d’une vitalité à toute épreuve, prenant la scène comme personne. Quelle présence admirer devant les si puissantes femmes au corps d’airain et les hommes qui redessinent les cartes de la séduction. La mise en scène, en réalité paraissant inexistante, est la mise en espace des danseurs dans des conformations et des attroupements qui suscitent un intérêt croissant jusqu’à parvenir à l’apothéose d’une jouissance totale de l’expressivité de la danse. Un exercice de style simple, pur et admirable.


Un second programme présentait le ballet Fuenteovejuna, d’après une pièce de Lope de Vega. Le sujet se passe dans un village espagnol sous le règne des Rois catholiques, où la population se rebella contre le despotique Commandeur, qui visiblement tient à bénéficier de ses privilèges de seigneur pour faire découvrir à une jeune mariée la manière de contenter les hommes. Et c’est assez stupéfiant que les quatre-vingt dix minutes du spectacle semblent aussi rapides : toutes les émotions sont, dans le spectacle, suscitées par l’exploitation de tableaux expressifs, tels la liesse des femmes au lavoir, les hommes dansant tout leur soûl pour rendre hommage à la mariée par de la virtuosité et de la vélocité, ou bien la haine du peuple à l’encontre de son maître. L’abject Commandeur inspire effroi et respect et, en opposition avec les besoins de ses sujets, le climax est sensiblement bien rendu lors du moment de bascule où la population jusque là maintenue et réprimée s’élève, proteste et, l’ire en bannière, réclame justice. La danse se révèle absorbante : ici, point de fanfreluches, d’œillades, et d’espagnolades. Toute la raucité du sol andalou, le mordant du soleil accablant, le rapport à l’animalité, la finitude du corps dansant comme moyen d’expression : tout se retrouve dans une chorégraphie exaltant des idéaux patriotiques et moraux, sous le couvert d’une architecture narrative fine et prenant ses racines dans le folklore noble et beau. Quels épaulement, quels ports de bras : pas de mains inutiles, pas d’interjection superlative, que de l’épure-et de l’essentiel.

La troupe présentait également Carmen, et possède d’autres œuvres qui sont le sel d’un flamenco théâtral que l’on ne voit pas ailleurs : de quoi inviter à nouveau la troupe en France dans les années qui suivent.

Crédits photographiques : Noces de sang; Suite Flamenca  © Giuseppe Manbretti

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Paris. Palais des Congrès. 29-XII-2012 et 4-I-2013. Noces de sang : ballet d’après la pièce de théâtre Bodas de sangre. Musique : Emilio de Diego, Perelló y Monreal, Felipe Campuzano. Scénographie et costumes : Francisco Nieva. Suite Flamenca. Musique : Ricardo Freire, Juan Antonio Zafra. Fuenteovejuna. Scénographie et costumes : Pedro Moreno. Musique : Antón García Abril, Faustino Núñez, Antonio Solera, Modeste Moussorgski. Lumières : Dominique You. Chorégraphie : Antonio Gades, Compagnie Antonio Gades.

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