Saed Haddad, compositeur en résidence à l’ensemble 2e2m

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris.Auditorium Marcel Landowski du CRR de Paris.10-II-2013. Vykintas Baltakas (né en 1972): Lift to Dubai pour ensemble instrumental; Nouba maghrebo-andalouse dans le tab’ zidane et sbayn; Saed Haddad (né en 1972): La Mémoire et l’Inconnu (CM) pour oud solo et ensemble instrumental. Ensemble Amedyez: Rachid Brahim-Djelloul, violon, alto, chant; Noureddine Aliane, oud; Sofia Djemai, mandoline; Dahmane Khalfa, târ, derbouka; Yousef Zayed, oud; Ensemble 2e2m; direction Pierre Roullier.

Les compositeurs en résidence à l’ d’année en année se suivent mais ne se ressemblent absolument pas. Après le facétieux Ondrej Adamek, voyageur né et curieux de toutes les cultures excepté la sienne, le jordanien, aujourd’hui fixé en Allemagne, , itinérant lui aussi, questionne ses racines et puise aux sources de la musique arabe pour la confronter aux techniques d’écriture occidentales par le biais d’une syntaxe personnelle qui viserait à « désorienter l’orientalisme »: un défi passionnant qui est au coeur de la « manière » Haddad.

« Je suis un occidental » lance-t-il avec un rien de provocation. Il a en effet grandi avec la langue française, il est de religion chrétienne et d’une culture qui relève plus largement de la pensée européenne: celle des philosophes Jacques Dérida, Edmund Burke, Emmanuel Levinas… qu’il étudie avant de devenir compositeur. Son intérêt pour la musique arabe sera d’ailleurs assez tardif. Ce n’est qu’à partir de 2004, alors qu’il travaille la composition à Londres, au King’s College, avec George Benjamin, qu’il décide d’intégrer dans son écriture non seulement les instruments de son pays (l’oud, le qanun…) mais aussi l’univers sonore de ses origines, dans une recherche identitaire qui s’impose alors à lui et qu’il mènera jusqu’en 2007. Avec un titre qui semble cristalliser cette démarche, le concerto pour oud La Mémoire et l’Inconnu (2005) de était donné ce soir en création mondiale, dans une nouvelle version invitant un des grands maîtres du luth arabe au côté de l’.

Mais c’est l’oeuvre du compositeur lituanien qui introduisait le concert; Lift to Dubai, radicalement « désorientante » elle aussi, est une pièce mixte pour électronique et 15 musiciens. Le compositeur est allé capter les sons de la ville, sa rumeur, ses stridences et ses jingle publicitaires qu’il a soumis à divers traitements pour forger le matériau et articuler la forme générale de sa pièce. Dans une démarche assez singulière, l’écriture instrumentale vient ici s’immiscer, contrepointer voire hybrider les textures pré-enregistrées au fil d’une trajectoire très mouvementée et tout en relief qui capte l’écoute; elle était conduite avec autorité par à la tête d’instrumentistes magnifiquement investis.

Ils étaient relayés par l’, quatre musiciens traditionnels venus sur scène jouer une Nouba, musique magrebo-andalouse puisant au « chant profond » que défend avec beaucoup de ferveur et de talent le violoniste et chanteur algérien Rachid Brahim-Djelloul: une manière toute en douceur et envoûtement qui permettait de transiter vers le Concerto pour oud très attendu de Saed Hadded.

La pièce est conçue dans une forme très ramassée en un seul mouvement où la rigueur d’un propos tout en facettes n’exclut pas un raffinement extrême des couleurs de l’ensemble, tels ces alliages subtils et complices du oud et de la harpe; l’instrument traditionnel, magnifié par le jeu de Youssef Zayed, y conserve néanmoins ses sonorités et tournures idiomatiques mises en relief dans des solos éblouissants, tout en s’intégrant avec une remarquable souplesse au contexte instrumental et harmonique qui fonde l’écriture. On est presque frustré par la fin un peu abrupte de l’oeuvre dont le temps très/trop resserré face à la richesse d’un tel matériau laisse à peine à l’auditeur la possibilité d’en jouir pleinement.

 

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