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Le Mozart chambriste de Mitsuko Uchida

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concertos pour piano et orchestre N°9 en mi bémol-majeur K 271 « Jeunehomme » ; N° 21 en ut majeur K 467. Cleveland Orchestra. Mitsuko Uchida, piano et direction. 1 CD Decca 478 35 39, code barre 28947 83539. Enregistré en concert au Severance Hall à Cleveland les 5 et 7 avril 2012. Notice trilingue (anglais, français, allemand). Durée totale : 62’31.

 

Vingt-cinq ans après une première intégrale où les options du chef Jeffrey Tate s’accordaient mal avec la sensibilité de la pianiste japonaise, qui fut d’ailleurs fraîchement reçue à l’époque, revient aux concertos de Mozart. Cette fois-ci elle les dirige elle-même du piano avec le fameux orchestre de Cleveland rompu à ce répertoire depuis des décennies. On a encore dans l’oreille les interprétations de George Szell avec des pianistes comme Robert Casadessus, Rudolf Serkin, Leon Fleischer…

Il s’agit du troisième volume de cette nouvelle série après les 24e et 23e, puis les 20e et 27e, toujours enregistré en concert, selon un modèle économique actuel qui diverge des prises de studio mythiques de la firme Decca ; mais nous vous parlons là d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…

Diriger les concertos de Mozart du piano ne constitue pas une mode récente, mais le choix d’une interprétation chambriste à l’opposé de la traditionnelle dualité soliste-orchestre, qui s’appuie sur une longue tradition. Cela remonte d’ailleurs aux origines, puisque Mozart lui-même dirigeait souvent l’orchestre de son pianoforte. On ne peut oublier les gravures d’Edwin Fischer dans les années 30 du siècle dernier, pas plus que celles de Geza Anda, avant les miracles de Murray Perahia avec l’English Chamber Orchestra et plus récemment Christian Zacharias avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne. C’est donc en toute légitimité que s’y atèle à son tour, ayant poli ce répertoire pendant de longues années.

L’exercice est périlleux, s’agissant des deux concertos les plus célèbres, sinon les plus joués de Wolfgang où la concurrence est forte. Portant toujours le surnom de Jeunehomme, que l’on sait apocryphe, le 9e concerto n’en demeure pas moins un œuvre de commande révolutionnaire pour l’époque. Ce fut probablement le premier concerto édité des 27 qu’il composa et c’est pour cela qu’il en rédigea les cadences, alors qu’il ne les notait jamais et qu’il n’indiquait que partiellement les ornements.

Dans une vision globale, Mitsuko Uchida se fond dans la sonorité de l’orchestre avec un toucher particulièrement moelleux. Cela donne une couleur romantique hors mode, où le temps est suspendu selon une sensibilité que l’on n’entend plus guère, habitués que nous sommes aux sonorités des instruments anciens et au jeu très articulé des pianofortistes. Mitsuko Uchida offre pour autant un jeu d’une profonde sincérité dont elle contrôle tous les éléments. D’aucuns pourront trouver cela trop construit avec une certaine froideur, mais son engagement touche constamment l’auditeur.

L’andantino du K 271 est superbe d’expressivité et de retenue et à l’image de Rudolf Serkin ou Glenn Gould, on entend par moment la pianiste murmurer le chant intérieur, ce qui ajoute à l’intimité.

Il en va un peu différemment dans le célébrissime 21e concerto K 667 où la précision est moindre, mais il semble moins aisé à diriger du piano. Avec une articulation ronde et des tempos généreux, les phrasés du piano expriment une tendresse assortie d’une pointe d’humour, qui évite les pièges du sentimentalisme dont on a souvent affublé le fameux andante. Ce dernier est pris adagio « à l’ancienne », à l’opposé d’une certaine accélération baroquisante, qui a fleuri ces dernières années. Les cadences de Mitsuko Uchida demeurent sobres, tirant plus vers l’hommage à Bach que du côté de la révolution beethovénienne.

Ce beau disque d’un classicisme de bon aloi ne révolutionnera pas l’interprétation mozartienne, mais il n’est pas dépourvu de charme et trouvera sa place dans une discographie pléthorique.

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concertos pour piano et orchestre N°9 en mi bémol-majeur K 271 « Jeunehomme » ; N° 21 en ut majeur K 467. Cleveland Orchestra. Mitsuko Uchida, piano et direction. 1 CD Decca 478 35 39, code barre 28947 83539. Enregistré en concert au Severance Hall à Cleveland les 5 et 7 avril 2012. Notice trilingue (anglais, français, allemand). Durée totale : 62’31.

 
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