Valery Gergiev enflamme le Grand Théâtre de Provence

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Festival de Pâques. Aix en Provence. Grand Théâtre de Provence. 6-IV-2013. Olivier Messiaen (1908-1992) : L’ascension ; Henri Dutilleux (né en 1916) : Métaboles ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°5 en ré mineur op.47. Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, direction : Valery Gergiev.

Invité lors de la dernière édition du festival d’été, était de retour à Aix en Provence cette fois- ci dans le cadre du festival de Pâques, accompagné de son orchestre russe. Samedi dernier, ce fut une éblouissante démonstration d’un chef et d’un orchestre dans un grand soir. Avec son approche profondément viscérale et instinctive de la musique, le maître russe s’est révélé être d’une efficacité redoutable. Dans « l’Ascension » de Messiaen, nous remarquons d’emblée les contrebasses installées à gauche dans un souci de sonorité idéale. Cuivres luxuriantes, bois vibrants à souhait, tous les pupitres brillent individuellement dans ce petit concerto pour orchestre. Le geste frémissant, Gergiev opère dans la micro précision en matière de couleurs mais aussi dans la conduite du propos. Sans être particulièrement d’une portée mystique, l’oeuvre est d’une lumineuse plastique. Puis, avec « Métaboles » de Dutilleux, on retrouve l’univers propre au compositeur en seulement seize minutes. Chaque pièce trouve dans la précédente un pré-écho et une rémanence dans la suivante. Une section de l’orchestre a un rôle dominant dans les quatre premières parties. Dans la dernière, elles se regroupent toutes, la métamorphose étant achevée. Jamais pesants, les violons libèrent une émotion instantanée, notamment dans le dernier volet, flamboyant. La rythmique, carrée, n’est jamais figée et les voix intermédiaires des différents pupitres s’agencent avec finesse dans les enchaînements.

Après l’entracte, les musiciens ne déçoivent pas dans leur répertoire de prédilection avec la 5e symphonie de , l’une des plus jouées. Dès les premières mesures du Moderato, les contrebasses et les violoncelles sont d’une même et seule voix. Des effluves d’une noirceur angoissante se répandent et nous enveloppent sournoisement. Comment ne pas sentir ici le poids de l’Histoire tellement le texte est parlant ? se fait en quelque sorte le narrateur et le commentateur de cette musique sans tomber dans l’emphase ou l’enlisement dans les passages plus introspectifs. A chaque brève plage de sérénité, la terreur réapparaît et le spectre du régime stalinien gagne du terrain. Même l’humour du second mouvement reste teinté d’une légèreté sarcastique. Sobre dans l’expression, le Largo, souvent comparé à un Requiem, est habillé des couleurs du deuil. Un magnifique dialogue entre les bois et la harpe fait apparaître une furtive lueur d’espoir, vite assombrie par un lyrisme douloureux. Dans le puissant final, la machine de guerre reprend sa marche vers l’avant. L’explosion dynamique et sonore côté cuivres notamment, est rondement menée de bout en bout. Après un bis tout en délicatesse, extrait du « Lac enchanté » de Liadov, le public ovationnera longuement les musiciens, conscient d’avoir été témoin d’un moment d’exception.

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