Musique de chambre et récital

Quatuor Hagen : Intégrale des Quatuors à cordes de Beethoven

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Paris, Salle Pleyel, les 13 et 14-IV 2013. Ludwig van Beethoven (1770-1827), Quatuors à cordes n° 15 en la mineur op. 132 ; n° 8 en mi mineur op. 59 n° 2 « Razoumovski » ; n° 11 en fa mineur op. 95 « Quartetto serioso » ; n° 10 en mi bémol majeur op. 74 « Les Harpes » ; n° 6 en si bémol majeur op. 18 n° 6 ; n° 9 en ut majeur op. 59 n° 3 « Razoumovski » ; n° 13 en si bémol majeur op. 130 ; Grande Fugue en si bémol majeur op. 133. Quatuor Hagen.

Après avoir fêté ses 30 ans en 2011, le effectue cette saison une tournée mondiale avec l’intégrale des Quatuors à cordes de Beethoven. La première partie de la série parisienne, en trois concerts, se déroulait le samedi 13 et le dimanche 14 avril à la Salle Pleyel ; la seconde partie aura lieu les 7 et 8 décembre prochain.

Au sommet de leur art, les quatre musiciens n’ont pas hésité à ouvrir la série avec le Quatuor n° 15, techniquement redoutable et physiquement exténuant. On entend tout de suite à quel point ils ont gagné en dynamisme par rapport aux années précédentes et combien ils respirent encore davantage chaque note, grâce à une écoute intense entre musiciens. Une pulsion irrésistible se dégage surtout des mouvements rapides, joués souvent avec une extrême vélocité. Mais cette vitesse vertigineuse n’affecte jamais la progression naturelle de la musique qui au contraire est vivifiée par l’énergie latente que recèle la partition. Seuls les meilleurs quatuors réussissent à relever un tel défi technique et à le transformer en un atout artistique audacieux. Cependant, on décèle un léger déséquilibre sonore : le premier violon, à la sonorité radieuse et éclatante, est un peu trop « en dehors » par rapport aux trois autres interprètes dont certaines phrases se retrouvent par moments éclipsées. Il lui arrive également, de temps à autre, de jouer très légèrement aigu, sans toutefois rompre l’harmonie dans l’ensemble.

Dans le Quinzième Quatuor donc, on entend le mouvement central « Molto adagio » plein de sérénité, et un magnifique changement de sonorité à la fin du finale. L’« Alla marcia » qui a précédé nous surprend quelque peu par sa vitesse. Puis, le Huitième Quatuor qui suit se termine avec un « Presto » effréné.

Le dimanche 14 au matin, nous commençons à nous habituer à la course de vitesse : le troisième mouvement du Quartetto serioso file comme une tornade, plein d’agitation et de tourment. Dans Les Harpes, quelques interprétations curieuses, en particulier le premier thème de l’« Allegro » du premier mouvement : après les quatre accords initiaux, l’entrée de l’alto se fait attendre avec un temps de « respiration » à notre sens un peu trop long et ce, à chaque apparition de ce thème. Dans l’« Adagio », les spécificités du premier violon énoncées plus haut, qui pourraient tourner au défaut, deviennent un avantage dans cette mélodie déclamatoire accompagnée par les trois autres instruments. Après l’entr’acte, le jeu est soudain métamorphosé avec le Sixième Quatuor qui concluait la matinée. Les rapports entre les quatre parties deviennent plus harmonieux et par conséquent, les sonorités plus ouvertes et plus profondes. La régularité formelle du premier mouvement, la beauté divine de l’« Adagio », la coquette légèreté du « Scherzo » et surtout, la gravité métaphysique de « La Malinconia » – le tout forme un modèle d’exécution irréfutable, montrant avec éloquence la transformation stylistique et intérieure du compositeur.

Le concert du dimanche après midi poursuit la voie ouverte quelques heures auparavant : liberté, harmonie et profondeur. Le troisième « Razoumovski » (op. 59-3) est admirablement interprété : le premier mouvement avec entrain, le trio du « Menuet » assez rapide et le finale avec une énergie juvénile étonnante. Mais l’apogée de la demi-série arrive à la fin, avec le Treizième Quatuor, agrémenté de la Grande Fugue et non de l’« Allegro » final qui la remplaçait. Tous se passe comme si, non seulement tous les événements survenus au cours des cinq mouvements précédents de cette œuvre, mais aussi tout ce qui ce qui a été entendu au cours de ces trois concerts convergeat vers la Grande Fugue, si magistrale, si grandiose et si dense. Les mots manquent pour exprimer cette expérience d’émotion intense et d’excitation devant une telle immensité.

Il ne nous reste qu’à attendre avec impatience la seconde partie, en décembre.

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Paris, Salle Pleyel, les 13 et 14-IV 2013. Ludwig van Beethoven (1770-1827), Quatuors à cordes n° 15 en la mineur op. 132 ; n° 8 en mi mineur op. 59 n° 2 « Razoumovski » ; n° 11 en fa mineur op. 95 « Quartetto serioso » ; n° 10 en mi bémol majeur op. 74 « Les Harpes » ; n° 6 en si bémol majeur op. 18 n° 6 ; n° 9 en ut majeur op. 59 n° 3 « Razoumovski » ; n° 13 en si bémol majeur op. 130 ; Grande Fugue en si bémol majeur op. 133. Quatuor Hagen.

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