Cornelius Meister face à Bartók

À emporter, CD, Musique symphonique

Béla Bartók (1881-1945) : Kossuth, BB.31 ; Concerto pour orchestre, BB.123 ; Danses populaires roumaines, BB.76. Orchestre symphonique de la radio de Vienne, direction : Cornelius Meister. 1 Cd CPO. Référence 777784-2. Enregistré en 2011 et 2012. Durée : 65’27

 

Dans la série des « bébés chefs » nommés à la direction musicale d’orchestres majeurs, il ne faut pas négliger l’Allemand .  Né en 1980, ce musicien est, depuis 2010 le chef de l’orchestre de la radio de Vienne (RSO-Wien). Avec sa phalange il avait déjà gravé, pour Capriccio, une Symphonie n°4 de Bruckner, qui se perdait dans le ventre-mou de discographie. Il retourne en studio pour ce disque Bartók. Pièce jeunesse (1903), le poème symphonique Kossuth, est un hommage au héros de la Révolution hongroise de 1848. Cette partition à l’effectif instrumental imposant doit beaucoup à Liszt pour son traitement de la narration et à pour l’opulence du trait orchestral. y voit, quant-à-lui, un brouillon du génie de Bartók : il allège les structures instrumentales et privilégie une geste sec et tranchant, comme un lointain prélude à la radicalité orchestrale du Mandarin merveilleux. L’œuvre en gagne en vivacité et en sens des contrastes, mais la puissance orchestrale, trop brute et compacte manque de subtilité et les tutti lassent. Cependant, la discographie est trop atone (les disques de Blomstedt-Decca ou Ivan Fischer-Philips ont disparu des catalogues réguliers) pour ne pas saluer cette interprétation.

Changement d’ambiance avec la virtuosité crépusculaire du Concerto pour orchestre, ultime opus symphonique de son auteur.  Le défi n’est pas mince pour un jeune chef qui doit trouver le ton juste entre la mise en valeur des pupitres de son orchestre et la restitution du vécu de cette musique. On se rappelle ainsi qu’un Gustavo Dudamel, lors de l’un de ses premiers enregistrements avec le Los Angeles Philharmonic, avait complètement survolé son sujet. Qui plus est, la discographie est d’une qualité vertigineuse. Cornelius Meister continue de rechercher la pâte créatrice du Bartók moderniste. Sa lecture, vive et animée, privilégie la logique des thèmes et le sens de la progression. Le RSO-Wien, rompu aux musiques  contemporaines les plus redoutables, est affûté et précis, mais il ne peut rivaliser avec le Philharmonique de Berlin de Karajan (EMI ou DGG) ou le Chicago Symphony Orchestra de Solti (Decca) ou Boulez (DGG).

Au fond, c’est dans les Danses populaires roumaines que le chef est à son affaire. Sa battue s’amuse à animer ces saynètes de la vie paysannes avec ce qu’il faut de virtuosité et d’humour.

En résumé, ce disque est une belle carte de visite pour le chef.  Contextualisé dans la série des « jeunes chefs au disque », cette galette se situe dans la tranche « médium supérieur » : c’est infiniment mieux troussé que les rogatons de à Toulouse, mais on est bien en dessous des gravures d’un à Liverpool.

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