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Célébration Wagner à Liège avec le Ring sans paroles

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Liège. Salle philharmonique. 19-V-2013. Festival Wagner 200. Vincent D’Indy (1851-1931) : Concert pour flûte, violoncelle, piano et cordes op.89; Richard Wagner (1813-1883) : Le Ring, une aventure orchestrale, arr. De Vlieger; Ensemble Kheops (Gaby Van Riet, flûte – Marie Hallynck, violoncelle – Muhiddin Dürrüoglu, piano). Orchestre Philharmonique Royal de Liège, direction : Christian Arming.

La célébration du bicentenaire de la naissance de Wagner n’ayant curieusement pas retenu l’attention de l’Opéra Royal de Wallonie (à l’exception d’un concert prévu en août prochain), les Wagnériens belges ont heureusement pu reporter leurs attentes sur la programmation de la phalange philharmonique de la Cité ardente.

Celle-ci avait concocté, à leur attention, un festival assez original, le Festival Wagner 200, dont l’objectif premier était de confronter Wagner à ses contemporains. Des ponts ont ainsi été jetés entre l’œuvre de celui qui a révolutionné la représentation d’opéra en bâtissant Bayreuth, et des compositeurs tels que César Franck -compositeur-vitrine de l’orchestre et wagnérien convaincu- ou encore Franz Liszt dont plusieurs transcriptions de pages wagnériennes nourrissaient un récital donné par Roger Muraro.

En ouverture de ce concert, c’est Vincent d’Indy (disciple de Franck et autre admirateur convaincu de Wagner) qui était à l’honneur. Son concert pour flûte, violoncelle, piano et cordes était porté par l’excellent . Difficile cependant de cerner tous les mécanismes de cette pièce… La généreuse formation de cordes réunie derrière les trois solistes couvrant le plus souvent leurs interventions… Marie Hallinck au violoncelle et la flûtiste Gaby Van Riet tirent donc le plus souvent leur épingle du jeu en dehors des tutti. Muhiddin Dürrüoglu avait évidemment moins de difficultés à imposer son discours musical, à l’aise derrière son clavier. Nous avons particulièrement apprécié son investissement en termes de communication avec le reste de l’ensemble et la précision de ses phrasés.

Nous avons assisté au dernier concert de ce festival, ce qui signifie que nous avons survolé le repas pour goûter directement au dessert. Un dessert accessible aux mélomanes allergiques aux voix puisque, après Vincent d’Indy, c’est un aperçu complet du « Ring » sans la moindre intervention de chanteur qui était proposée. Ce fameux « Ring sans parole » qui balaie les quatre journées de la tétralogie (soit quatorze heures de musique ramenées à 70 minutes environ) et constitue dès lors un hallucinant best-of des pages orchestrales emblématiques du monument wagnérien. Le concept avait été popularisé en 2000 par Lorin Maazel qui avait enregistré avec les Berliner Philharmoniker un arrangement de son cru. La version retenue par , n’était pas cette dernière, mais celle du compositeur néerlandais .

A l’écoute, l’expérience est amusante, parfois déconcertante dans la manière dont s’articulent abruptement les épisodes évoqués. C’est la conséquence de la barrière devant laquelle l’arrangeur s’est arrêté, une barrière consistant à limiter au strict minimum l’écriture de mesures de musiques additionnelles à celles de Wagner. Le travail de se limite donc strictement à essayer d’articuler les épisodes le plus naturellement possible, et ce avec plus ou moins de bonheur.

Les effectifs orchestraux requis pour jouer Wagner sont sensiblement plus importants que pour une exécution symphonique ordinaire, et de nombreux musiciens supplémentaires venaient donc compléter la formation. Cela n’a visiblement pas perturbé qui a fait sonner cet ensemble (cette masse!) avec beaucoup de brio. Exceptés quelques malheureux trébuchements chez les cornistes dans les premiers arpèges structurant le prélude de l’Or du Rhin, la performance des instrumentistes s’est montrée d’excellente facture et sans baisse de régime sensible, malgré la difficulté considérable de l’exercice. Les marteaux ont frappé les enclumes du Nibelheim, les auditeurs ont eu droit à une chevauchée des Walkyries d’anthologie dans laquelle Arming parvient presque à faire entendre les cris des guerrières. Enfin, Nico de Marchi (chef du pupitre de cors), en coulisse se montre aussi héroïque que le Siegfried qu’il évoque! Nous regrettons cependant la trop courte évocation de la Forêt profonde issue de l’opéra éponyme. Nous aurions pensé que les Murmures de la forêt auraient trouvé, sous la plume de l’arrangeur, tout naturellement leur place dans ce Ring sans paroles… Et si l’arrangement « De Vlieger » se concentre un peu moins sur le Götterdämmerung que la version « Maazel » qui y avait inclus le prélude de l’acte III, celle-ci y occupe tout de même une place prépondérante de par l’abondance de pages strictement orchestrales qui la composent. On y entend bien sûr le voyage sur le Rhin de Siegfried et la rutilante marche funèbre.

L’ a souvent répété vouloir ouvrir les portes de la salle philharmonique à de nouveaux publics. Une expérience comme celle-ci a non seulement pu réjouir les wagnériens les plus aguerris mais elle est a aussi su attirer un public moins coutumiers des concerts philharmoniques. Ce public n’a d’ailleurs pas manqué de manifester son enthousiasme au terme de la performance par une longue ovation debout.

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