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Gustavo Dudamel ou le Nouveau Monde à Cologne

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Cologne. Philharmonie. 07-VI-2013. Esteban Benzecry (né en 1970) : Colores de la cruz del sur. Peter Lieberson (1946-2011) : Neruda Songs. Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n°9 en mi mineur, Op.95 « du Nouveau Monde ». Christianne Stotijn, mezzosoprano. Orchestre royal du Concertgebouw, direction : Gustavo Dudamel.

C’est un programme « Nouveau Monde » que l’, placé pour l’occasion sous la baguette de , présente à Cologne en cette belle soirée printanière : Colores de la cruz del sur, un hommage au continent sud-américain signé , les Neruda Songs de ainsi que la symphonie n° 9 d’, intitulée justement «du Nouveau Monde».

Le concert ne débute pas dans la facilité. Alternant passages tonals et atonals, clusters et rythmes folkloriques, Colores de la cruz del sur nous emmène, en 15 petites minutes, en cinq régions sud-américaines, des Andes à la Patagonie, en passant par le lac Titicaca, l’Amazonie ou encore les pampas. Très suggestive pour l’auditeur, la musique demande un maximum de précision du chef et de l’orchestre que l’on croirait encore en phase d’échauffement. Mais les musiciens relèvent le défi avec enthousiasme.

Changement d’atmosphère avec les Neruda Songs de Lieberson. Cette œuvre est une triple déclaration d’amour : celle exprimée par les textes de Pablo Neruda d’abord, puis celle de Lieberson à Neruda, celle enfin de Lieberson à sa femme, la mezzo Lorraine Hunt, qui créa ces mélodies quelques mois seulement avant sa mort précoce en juillet 2006. Malgré une gestuelle toujours sobre et retenu, Dudamel nous plonge immédiatement dans l’ambiance particulière de cette œuvre fascinante, gorgée de poésie, de sensualité et de passion. La soliste, en revanche, déçoit. Certes, dit le texte avec en engagement indéniable, certes, son chant est habité à tout moment. Mais la voix, blême et courte de projection, manque de rondeur et de chaleur dans le bas de la tessiture, sollicité en permanence par le compositeur.

Après l’entracte, c’est un Nouveau Monde vu par les yeux d’un compositeur tchèque qui nous attend – et c’est là que le concert atteint son sommet. Le son tout en or et velours de l’orchestre du Concertgebouw, bien loin du brillant des formations américaines, fait merveille dans cette symphonie où la « mélodie nègre » (selon Dvořák) côtoie la danse morave – malgré quelques imprécisions dans les cuivres. Dudamel, sans partition, entraîne ses musiciens dans une lecture qui allie passion et poésie, panache et mélancolie. Soulignons, au premier mouvement, la souplesse de l’attaque du deuxième thème, au deuxième, pris dans un tempo aussi lent que habité, l’entrée ppp du cor anglais, la joie de vivre exprimée par le scherzo ou encore l’emphase du mouvement final. Le public, enthousiasmé, salue debout cette superbe performance.

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