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Un Mozart tout en contrastes par Leonardo García Alarcón

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour clarinette et orchestre K622 ; Requiem K626. Benjamin Dieltjens, clarinette de basset. Lucy Hall, soprano ; Angélique Noldus, mezzo-soprano ; Hui Jin, ténor ; Josef Wagner, baryton-basse. Orchestre New Century Baroque, Choeur de chambre de Namur, direction : Leonardo García Alarcón. 1 CD Ambronay AMY038. Code barre : 3 760135 100385. Livret trilingue (français, anglais, allemand). Enregistré à l’espace culturel de Jujurieux du 22 au 26 avril 2012 (Concerto) et à la salle des fêtes de Bourg-en-Bresse du 28 septembre au 2 octobre 2012 (Requiem). Durée totale : 65’40 ».

 

aime les contrastes ! C’est ainsi qu’il fait se côtoyer dans le même programme le Concerto pour clarinette et le Requiem de Mozart. Les deux oeuvres s’opposent en tout point : instrumentale contre vocale, profane contre liturgique, mélancolique contre tragique … Il n’est guère que l’année de composition, fatale pour Mozart, qui leur soit commune.

Dans la première, délaisse la clarinette moderne pour coller au plus près de l’oeuvre, et lui préfère deux clarinettes de basset, reconstituées d’après des gravures d’époque. Sa lecture, en accord avec celle du chef, met l’accent sur une vision théâtrale de cette musique, imaginant par exemple au détour d’une ligne mélodique l’apparition d’un nouveau personnage. Le genre même est théâtral, c’est une évidence, ne serait-ce que dans l’antagonisme ou la complémentarité du soliste vis-à-vis de l’orchestre. Alliée au timbre de la clarinette de basset, ce parti pris se révèle néanmoins véritablement porteur de sens, tant le soliste sait ménager des contrastes de couleurs intéressants à l’intérieur même de sa partie. Sa gestion du registre grave attire tout particulièrement notre attention : Dieltjens pose les notes avec précaution, comme sur du velours, et c’est passionnant. Par-delà les détails, l’interprétation globale est excellente, et l’on se régale de l’Adagio, fantastique de mélancolie, cependant que le Rondo est d’une légèreté d’abord retenue, mais qui gagne progressivement en vivacité jusqu’à la dernière cadence.

La deuxième oeuvre au programme, canonique, célébrissime, exemple type du sublime en musique, n’en est pas moins inachevée. Depuis Süssmayr, les versions du Requiem se sont en effet multipliées, et le musicien peut choisir soit de s’arrêter au « Lacrimosa », soit de compléter l’oeuvre selon la liturgie ou en reprenant les reconstitutions basées sur les esquisses récemment retrouvées.

Alarcón n’est ni d’un parti ni de l’autre, il penche pour une option intermédiaire, piochant dans les éditions (Beyer, Maunder), et balayant d’un revers de main d’éventuelles critiques en réaffirmant sa liberté d’interprète. Le procédé est un rien lèse-majesté, mais a le mérite d’être franc et de proposer quelque chose de nouveau. Après le fameux « Lacrimosa », on aura donc un « Amen » polyphonique reconstitué par Maunder, suivi de trois pièces dont l’origine n’est pas clairement établie dans le livret.

Du point de vue de l’interprétation, sa vision du Requiem fait écho à celle du Concerto : il joue à fond la carte de la théâtralité, évidemment orientée ici du côté du tragique. Pour ce faire, Alarcón prend un malin plaisir à accentuer les contrastes, en relevant les tempi ou en creusant l’écart entre les dynamiques. Efficacement secondé par l’orchestre et un plateau de haute tenue, sans parler de la qualité de la prise de son, ce parti pris donne un relief bienvenu à une musique qu’on pourrait croire connaître sur le bout des doigts. On citera, parmi les exemples les plus représentatifs de cette lecture de l’oeuvre, le « Kyrie », implacable, ou encore le « Rex tremendae » et le « Confutatis », ébouriffants, ce qui n’est pas pas dû au hasard.

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour clarinette et orchestre K622 ; Requiem K626. Benjamin Dieltjens, clarinette de basset. Lucy Hall, soprano ; Angélique Noldus, mezzo-soprano ; Hui Jin, ténor ; Josef Wagner, baryton-basse. Orchestre New Century Baroque, Choeur de chambre de Namur, direction : Leonardo García Alarcón. 1 CD Ambronay AMY038. Code barre : 3 760135 100385. Livret trilingue (français, anglais, allemand). Enregistré à l’espace culturel de Jujurieux du 22 au 26 avril 2012 (Concerto) et à la salle des fêtes de Bourg-en-Bresse du 28 septembre au 2 octobre 2012 (Requiem). Durée totale : 65’40 ».

 
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