La Sylphide à l’Opéra de Paris : enfin !

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Paris. Palais Garnier. 22-VI-2013. Jean Madeleine Schneitzhoeffer (1785-1852) : La Sylphide, ballet en deux actes. Chorégraphie : Pierre Lacotte. Décors: Marie-Claire Musson; Costumes : Michel Fresnay. Avec : Dorothée Gilbert, la Sylphide; Mathieu Ganio, James; Mélanie Hurel, Effie; Stéphane Phavorin, la sorcière; et le Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Philippe Hui.

Neuf ans que la Sylphide n’avait été donnée sur la scène de l’Opéra ! Alors que monte encore de nouvelles productions partout dans le monde, que ne faut-il attendre pour voir une de ses « re-créations » dans le théâtre qui l’a vu naître. Chef d’œuvre de 1832, le ballet est certainement celui qui nécessite un effort de langage et d’adaptation bien plus grand que celui auquel sont confrontés les danseurs de la troupe habituellement : ce n’est pas une grammaire contemporaine, néoclassique ou un vocabulaire académique, mais bien du Romantisme orchestré par , fruit de l’école française.

Pour défendre l’héritage laissé par nombre de danseuses admirables, Mlle Gilbert tente de faire son mieux, mais elle a tendance à accentuer ce qui fait son génie ordinairement : là un peu trop de poses, un rien qui manque de légèreté, un peu trop de corps présent, là où il ne faut faire que de l’éclipse. La technique est toujours bien belle, on aurait tort de ne pas remarquer des bras plus liants que jamais ; mais la limite est ténue entre une gravure romantique qui démontre l’aplomb taglionien et la caricature d’un buste trop penché en avant, qui veut bien faire mais n’en peut mais. On aura aimé en revanche l’aspect très caractérisé du personnage qu’a voulu Mlle Gilbert, comme une frêle chose qui ne se rend pas compte de la gravité dans laquelle son insouciance l’emmène.

plaît par la vivacité de ses tours, une batterie admirable et un effort considérable dans le balon. Un brin trop aristocratique même, il est un prince quand il ne faut qu’un homme sorti de l’adolescence. Son partenariat est des plus sûrs et l’expérience fait montre d’une assurance royale.

Mlle est parfaite dans Effie, et l’on ne peut que réaliser combien le répertoire romantique est celui qu’elle défend le mieux par son essence : convaincante dans Giselle, elle porte haut les couleurs du style français, que l’on retrouve dans le rôle de la fiancée de James ; quel bel en-dehors, simple et naturel, quelles pirouettes sans prétention mais si gracieuses, quelles lignes fines !

Dans le Pas de Deux des Ecossais, on s’incline et l’on s’inclinera toujours devant le Dieu Thibault ; à l’âge où d’aucuns n’ont plus la vitalité physique de danser ces pas d’école, notre Idole Dorée, notre Paysan, notre Ecossais est un panthéon à lui seul et ces rôles ingrats touchés par la grâce du Premier Danseur resteront les moments les plus attendus des soirées où il danse.

Le corps de ballet est très convaincant, et (dans les trois sylphides) aura une nouvelle fois démontré que s’il fallait distribuer une danseuse de sa classe dans le rôle titre, elle n’aurait pas eu d’égale ; d’autres danseuses vont vivre sous d’autres latitudes pour voir enfin leur talent être reconnu.

Avec aussi peu de représentations en une décennie, on croirait revivre les temps funestes de la décadence du romantisme dans l’histoire du ballet : quelques représentations et puis s’en vont…

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