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Au Clos Vougeot, In musica veritas

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Vougeot, Grand Cellier du Château, 25-VI-2013. Robert Schumann (1810-1856) : Phantasiestücke op. 73 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violoncelle et piano n° 1 en mi mineur op. 38 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Trio avec piano n° 2 en mi mineur op. 67. David Chan, violon ; Gautier Capuçon, violoncelle. Jean-Yves Thibaudet, piano.

Allier l’excellence des vins de Bourgogne à celle d’interprètes reconnus, telle est l’ambition du festival « Musique et vin au Clos Vougeot » qui se déroule durant une semaine dans ce lieu prestigieux ou se réunissent les chevaliers du Tastevin. Le  pari est tenu : la dégustation des meilleurs crus précède une prestation musicale en tous points remarquable. Les sens se magnifient l’un l’autre : le goût et l’ouïe, la vue même sont à la fête, on se sent heureux!

Il n’est plus besoin de présenter ni , bardés de récompenses internationales. Ce que l’on sait moins, c’est que , violon solo au Metropolitan Opera de New York, est l’un des fondateurs de ce festival, dont la première édition eut lieu en 2008. Son jeu brillant et sensible s’allie à merveille avec celui des deux Français pour notre plus grand plaisir.

Les trois pièces de Phantasiestücke, ici dans la version pour violoncelle, permettent d’apprécier d’emblée la palette des sensations expressives de la musique de Schumann, variété qui trouve sa correspondance dans celle des Climats de Bourgogne ; on pourrait dire que dans la première d’entre elles, on trouve la même tendresse que dans un Chambolle-Musigny et cette sorte de discussion amoureuse à mi-voix qu’affectionne Schumann ; le piano et le violoncelle s’enlacent interminablement comme les vrilles d’une vigne. La seconde, primesautière comme un jeune Chorey-les-Beaune, engage la discussion entre ces deux complices que sont et . Enfin la dernière, nerveuse comme un Chassagne-Montrachet, met en valeur la virtuosité des deux interprètes.

La sonate de Brahms évoque d’emblée les brumes du nord : est-ce l’énoncé du thème dans le registre grave du violoncelle ? Sans doute, mais c’est surtout la sonorité magnifique et émouvante de l’instrument qui nous fait voyager si loin… En fait, les deux interprètes savent alterner, tout au long de cette œuvre construite d’une façon assez classique, des moments d’une passion explosive  avec ceux d’une tendresse contenue. Une technique éblouissante renforce ces sensations : le spectaculaire spiccato de Capuçon n’efface en rien la délicatesse du jeu du pianiste. La fugue finale semble plus aride : le thème est un peu ingrat, mais on reconnait que les deux musiciens emportent la conviction grâce à leur engagement sans défaut.

Le trio de est une œuvre qui tient l’auditeur à sa merci : on y sent toute la pesanteur du système politique, toute la solitude du compositeur, et des effluves de mort pour compléter l’ambiance. Les trois compères (au meilleur sens du terme, celui de compagnons) se sont donné tous les moyens pour parvenir à créer une atmosphère russe, poétique et angoissée à la fois. Le début du premier mouvement nous happe d’emblée dans un cri : les harmoniques du violoncelle à nu, suivis par les sonorités dans le grave du violon sur une sorte de choral joué au piano, donnent une impression d’écartèlement inimaginable. Après une « valse » grinçante et un peu lourde, une passacaille fait se dérouler deux mélodies poignantes, mais comme étrangères l’une à l’autre : les interprètes nous conduisent avec une sûreté diabolique dans une étrange liturgie dont va surgir le final, une danse de mort, un trépak, qui rappelle celui d’une mélodie de Moussorgski.

Pour satisfaire un public enthousiaste, retour vers la suavité romantique : vers le velours, vers le contentement et l’apaisement des cœurs, un mouvement lent d’un trio de Mendelssohn ! Ainsi la boucle est bouclée, on retrouve l’atmosphère du début du concert… On se souvient : à nous les Vougeot, Santenay, Auxey-Duresses, Chablis…

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