Le Sacre de l’invertébré

À emporter, CD, Musique symphonique

Igor Stravinsky (1882-1971) : Petrouchka (version révisée de 1947), Le Sacre du printemps (version révisée de 1947). Orchestre National de France, direction : Danielle Gatti. 1 CD Sony. Référence : 88 72 544 2552. Enregistré en juillet 2011. Notice de présentation en : anglais, allemand et français. Durée : 61’20

 

Lors d’un récent article consacré au Sacre du printemps par Tugan Sokhiev (Naïve), nous notions la passion des phalanges françaises pour ce Sacre. Cette galette de l’, troisième gravure récente par un orchestre français, ne nous démentira pas. Certainement plus que d’autres, l’ possède, dans son ADN, la musique de Stravinsky. Sa discographie est jalonnée de nombreux enregistrements, dont un Sacre fondateur d’une école interprétative, sous la direction acérée de Pierre Boulez (Adès). De Lorin Maazel, en passant par Pierre Monteux ou Igor Markevitch, les grands chefs se sont succédés au pupitre de l’orchestre pour graver Stravinsky, avec souvent beaucoup de brio.

En septembre 2008, pour son intronisation comme directeur musical,  avait donné une superbe lecture du Sacre. On espérait donc  le retrouver, aussi inspiré, pour ce disque. Hélas,  le chef milanais se limite à battre la mesure, sans insuffler à son orchestre la moindre vision ou énergie transcendantale. Certes, la phalange est appliquée et concentrée (le timbalier y est même très en verve), mais ce Sacre se limite à une succession de notes alignées sans logique et sans alchimie des timbres et des rythmes. Cette optique « mou du genou » et arythmique culmine dans une « Danse sacrale dégingandée ».  La prise de son, très revêche, n’aide pas la perception de cette gravure, en tous points éloignée de la beauté plastique et du style racé de Philippe Jordan dans son enregistrement avec ses troupes de l’Opéra de Paris (1 CD Naïve). En introduction, Petrouchka est de la même veine : invertébrée,  raide et tristement métrique.

Des visions intellectuelles ou enragées en passant par l’élégance du geste, le Sacre permet de multiples options que l’on est triste de ne pas retrouver ici. Ce disque confirme hélas, la déconvenue du tandem Gatti-ONF. La gravure de Philippe Jordan et ses forces lyriques parisiennes, précédemment mentionnée, reste la plus belle lecture entendue en cette année du Centenaire.

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.