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La science-fiction inspire l’opéra, un novateur oublié !

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Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 

Anaria, opéra de (1916-1968)

On  sera peut-être étonné d’apprendre qu’un compositeur du siècle dernier s’est emparé d’un sujet étonnamment moderne, un sujet de science-fiction inspiré directement par les derniers progrès technologiques de l’Humanité. Les intellectuels et les observateurs de l’époque, celle qui fait suite au Second Conflit mondial et se place à l’entrée de l’ère atomique, ont amplement commenté les risques encourus par l’homme raisonnable sur une Terre gouvernée par la déraison et menacée par l’auto-destruction irréversible.

Cet artiste est un compositeur suédois nommé , né à Växjö en 1916 et décédé non loin de Stockholm en 1968, élève du moderniste respecté Hilding Rosenberg (composition) et du grand chef Tor Mann (direction d’orchestre). Venu se perfectionner en France (1946) et en Italie, il enseigne à son tour en Suède et œuvre en faveur de la musique contemporaine. Mil est membre du Groupe du Lundi, professeur de composition à l’Académie royale de musique de Stockholm, directeur musical de la Radio suédoise, créateur d’un studio de musique électronique… Inspirée par Hindemith, marquée par Schoenberg et Bartók, sa musique intéresse par sa robustesse, sa rythmique solide et peu à peu par une singularité certaine dont témoigne sa Symphonie n° 3 « Facettes ». Mais, c’est son opéra Ariana, basé sur un sujet de science-fiction qui retiendra essentiellement notre attention. Au cours de l’année 1959 (composition et création) Blomdahl s’attelle à la tâche en se basant sur un livret d’Erik Lindegren inspiré par le travail d’Harry Martinson, un livret constituant un « panorama de l’humanité à l’ère spatiale », alors même que les premiers vols spatiaux ne viendront que plus tard. L’histoire nous conduit vers le drame vécu par le vaisseau  spatial Aniara condamné à errer indéfiniment dans les espaces infinis, suite à la destruction de son gouvernail. A bord, huit mille individus, prisonniers impuissants, avancent vers leur disparition sans jamais revoir leur Terre natale. Dans ce cadre terrifiant, le compositeur, guidé par les péripéties du texte, illustre différents tableaux centrés sur la réflexion métaphysique mêlant recherches poétiques, propos psychologiques et philosophie du destin humain. La solitude de chacun, au milieu du nombre, noyé dans les ramifications incontrôlables de la science, nous invite évidemment à la comparaison avec la réalité de la société et de la science.

A la modernité de l’histoire s’ajoute celle de la mise en scène et de la musique de Blomdahl. Ce dernier écrit une partition circonscrite dans une certaine simplicité, évite tout développement symphonique traditionnel, s’appuie tour à tour sur des thèmes populaires, des thèmes venus du jazz, des épisodes parfois emprunts de lyrisme, qui ont pour mission de rappeler les souvenirs terrestres, tandis que les apports de l’électronique soulignent le dramatisme de cette situation désespérée. La création fit sensation en 1959 à Stockholm, malheureusement la musique de Blomdahl manque cruellement d’inspiration et l’œuvre fut rapidement oubliée.

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