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Festival de Besançon : le Brussels Philharmonic et Gavriel Lipkind

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Besançon. Théâtre. 14-IX-2013. Misato Mochizuki (née en 1969) : Trois mille mondes. Edouard Lalo (1823-1892) : Concerto pour violoncelle en ré mineur. Claude Debussy (1862-1918) : La mer. Maurice Ravel (1875-1937) : La valse. Gavriel Lipkind, violoncelle. Brussels Philharmonic, direction : Michel Tabachnik

Brussels-Philharmonicc-Bram-GootsUn temps maussade au rendez-vous du premier grand concert symphonique payant de la nouvelle cuvée du Festival bisontin, cru 2013, placé sous la thématique d’ « un air de jeunesse. » Une salle dont les côtés et quelques rangées de fauteuils vides semblaient porter ombrage sur un programme qui, effectivement, si l’on s’en réfère au titre du morceau d’entrée de concert, présentait des mondes biens différents.

Tout d’abord celui de la compositrice japonaise en résidence qui achevait sa présence in situ par une présentation personnelle de sa pièce pour orchestre Trois mille mondes écrite en 2011. Nous avions déjà été interloqués par la variété de qualité des œuvres de , allant de l’insupportable (Terres rouges pour quatuor à cordes) à l’écoutable (Météorites pour orchestre). 3000 mondes appartient plutôt à la première de la liste, de façon modérée : il est utile de se poser la question de l’intérêt de jouer sur les timbres pendant quatorze minutes, procédé usé jusqu’à la corde. De plus, l’encadrement de ces sons dans une structure impassiblement battue à quatre temps – c’est-à-dire la plus basique des mesures – par un consciencieux interroge sur ce modernisme démodé. A part intéresser les instrumentistes – et encore – du seul point de vue technique, il nous tardait d’arriver à la fin où l’extraordinaire invention qui s’en dégageait était concentrée dans une « cadence de chef » dans laquelle Tabachnik battait toujours sa mesure à 4/4 devant un orchestre – presque – muet tout en émettant par sa bouche un sabir à la limite du grotesque. Applaudissements polis comme il se doit pour ne pas froisser l’auteur, mais bonheur du silence absolu.

Gavriel Lipkind DR
a-t-il du mérite à interpréter le Concerto pour violoncelle d’ ? Sans doute, car l’œuvre, toute en effets et fausses profondeurs, aurait vite fait de nous ennuyer sans un intermédiaire à la hauteur. Mais galvauder son talent dans un ronronnant concerto français de la fin du dix-neuvième siècle ne laisse que deux possibilités : soit en faire trop pour « booster » une partition étique, soit se poser en retrait et laisser faire les choses simplement. Dans les deux cas, c’est gaspiller son art : l’impression qu’il en ressort. Un bis nous manquait qui nous empêcherait de céder à la tentation de l’inutile performance pour un talent certain. Allez voir du côté de chez Bach, c’est autre chose !

On pressentait ce qui allait se passer dans Ravel et Debussy à l’écoute de Lalo. La mise au placard d’Édouard par Claude et Maurice, placard rempli de manches à balais innombrables et d’une épaisse couche de poussière, ne fait aucun doute. Mais on a pu y apprécier un très bon équilibre entre le soliste et l’orchestre, et du son sans exagération. Il en ira de même dans La Mer et dans La Valse. La taille relativement modeste du permet de jouer sur les solistes de l’harmonie, si important ici. La Mer est une œuvre à multiples possibilités expressives. Tabachnik, qui l’a enregistré avec cet orchestre, est un homme de plaisirs sonores, détendu, dansant sur certains rythmes chaloupés, détaché des textes des partitions dirigées de mémoire, pour Ravel et Debussy. Il y a donc investissement total. Interprétativement, rien ne nous fera cependant oublier les immenses versions que tous connaissent. Comment trouver son chemin dans une telle forêt de séquoias inamovibles et de jardins aux fleurs magnifiques ? C’est là le reproche que nous adresserons à Tabachnik et à son orchestre : pour une première approche (il en existe), pour un premier contact, l’effet est réussi : du son, du détail, de l’expression. L’impact du direct. Fermez les yeux et écoutez : vous resterez assis dans votre fauteuil inconfortable du Théâtre bisontin mais ne serez pas transportés pour autant dans un monde inoubliable. Il n’y a pas de nouvelles découvertes, de nouvelles articulations, de nouveaux jeux sur l’apparition ou la disparition des timbres. Abstraite, la mer ? Non. Descriptive ? Non plus. Moderniste ? Pas. Décadente, la valse ? Non plus. Fantomatique, inquiétante, volontairement démodée, aux abois ?

Du déjà entendu, bien fait, qui ne nous fait poser qu’une question : pourquoi ne vont-ils pas chercher d’autres compositeurs moins connus pour nous montrer toute l’inventivité et l’étendue de leur talent, toute l’audace dont ils sont assurément capables ?

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