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Festival de Besançon : Olivier Charlier et l’Orchestre national de Lorraine

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Besançon. Théâtre. 19-IX-2013. Anton Webern (1883-1945) : Passacaille en ré mineur op. 1. Alban Berg (1885-1935) : Concerto pour violon « A la mémoire d’un ange » op.15. Richard Wagner (1813-1883) : Tannhäuser, ouverture en mi majeur ; Lohengrin, Prélude du 1er acte ; Tristan et Isolde, Prélude et mort d’Isolde. Olivier Charlier, violon. Orchestre National de Lorraine, direction : Jacques Mercier

olivier charlier© DRNemanja Radulovic, surmené durant l’été, n’a pu être présent ce soir au Théâtre pour jouer le concerto de Berg. Nous ne saurons donc jamais si aura été son digne remplaçant. Mais il y a fort à parier que le fougueux violoniste serbe, consigné à résidence par ses médecins, aurait apporté un supplément énergétique à cette partition. Ce serait toutefois faire un mauvais procès à Charlier, dont la sagesse interprétative ne déborde jamais du cadre de la partition, mais dont la ligne directrice suit le même chemin que . Au moins, ces deux-là s’entendent parfaitement. A part quelques notes qui passent à l’as dans la salle, Mercier prend soin de ne pas couvrir son soliste. Dans cette œuvre au sous-entendu parfaitement dramatique et connu, il est presque curieux de n’y déceler quasiment aucun bouleversement dans une lecture lisse, comme mise en sourdine des sentiments. La volonté de ne pas trop en faire ? De ne pas surcharger d’intentions ? Une bonne idée, qui redonne la parole à la musique plus qu’à la subjectivité. C’est d’ailleurs la même impression durant tout le concert : La passacaille webernienne, première composition reconnue comme personnelle par son auteur, dégage un impressionnant expressionnisme naturel tout droit venu de l’héritage schöenbergien première manière. Or, contourne habilement le propos : il prend au pied de la lettre le titre, forme ancienne, et arrive à faire oublier ses 23 variations pour construire un bloc d’un seul tenant. Pas d’obsession thématique, pas de déstructuration moderniste abstraite : ce Webern-là suit d’autres chemins de compréhension, plus proches de nous.

La seconde partie du programme, dans des ouvertures archi-connues, continue et développe cette idée : faire descendre les dieux de l’art de leur piédestal. La taille de l’orchestre français permet d’éviter un gonflement devenu caricatural pour Wagner. L’équilibre des pupitres sonne juste, la puissance est là, sans augmentation de volume factice, in orchestra et non plaquée dessus. Pas de lenteur non plus, remplacée par un grand naturel et une respiration de cette musique qui met en valeur davantage sa fabuleuse orchestration que l’effet de masse percussif et grondant habituel. La gestuelle du chef, sans baguette, donne l’énergie et l’élan nécessaire à un orchestre qui le comprend parfaitement, fruit d’un travail de longue haleine. Les timbres, rien que les timbres : Wagner est en terre de France et ne donne pas, pour plagier un célèbre cinéaste, l’impression d’ « envahir la Pologne ».

Si Charlier a fait un bis classique avec Bach, Mercier a eu la très bonne idée, en s’adressant au public, de ne rien proposer après la Mort d’Isolde, laissant en cela perdurer l’émotion de cette musique.

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