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Tournée européenne de l’orchestre de São Paulo, lancement à Paris

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Paris. Salle Pleyel. 7-X-2013. Clarice Assad (né en 1978) : Terra Brasilis – Fantaisie sur l’hymne national brésilien. Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en fa mineur op.21. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°1 en ré majeur « Titan ». Orchestre Symphonique d’État de São Paulo (OSESP), direction : Marin Alsop.

Alsop-Marin-credit-Alessandra-Fratus1Annoncé comme la formation la plus prestigieuse du Brésil philharmonique, l’Orchestre Symphonique d’État de São Paulo rendait visite au public français, parisien ce soir, toulousain le 11, au milieu d’une très copieuse tournée européenne passant par la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, la Grande Bretagne et l’Irlande. Emmené par son chef en titre, l’américaine Marin Aslop, et accompagné par son illustre compatriote Neslon Freire, l’orchestre brésilien avait inscrit à chacun de ses programmes une œuvre d’un compositeur brésilien, côtoyant les plus classiques symphonies n°5 de Prokofiev et Première de Mahler, manifestement cheval de bataille de cette tournée puisque jouée pas moins de six fois.

Ainsi donc ce concert commençait par Terra Brasilis de la très versatile compositrice de classique et de jazz (mais également pianiste et chanteuse) native de Rio de Janeiro . Cette pièce d’à peine cinq minutes est construite comme une « Fantaisie sur l’hymne national brésilien » (son sous-titre), racontant « de manière condensée et accélérée un pan de l’histoire du Brésil, de sa « découverte » par les Portugais jusqu’aux invasions par les colonisateurs du monde entier ayant tous contribué, à leur manière, au brassage racial du Brésil – Japonais, Syriens, Libanais, Juifs, Espagnols, Italiens, Hollandais et Français venus dans le Nouveau Monde en quête d’une vie meilleure », comme le présente elle-même son auteur. Alternant citations de l’hymne national, évocation assez réussies des terres vierges et passages « à l’occidentale » nettement moins inspirés, cette pièce créée le 8 mars 2012 permettait à l’orchestre de montrer ses qualités tout en donnant une couleur sud-américaine à un concert qui allait ensuite redevenir très classique, à l’exception d’un bis conclusif.

Deux œuvres concertantes étaient jouées en alternance au cours de cette tournée, le quatrième concerto de Beethoven et le Concerto n°2 de Chopin. C’est ce dernier que et Marin Aslop nous offrirent ce soir, dans une optique assez intimiste voire chambriste qui, si elle ne manquait pas de douceur poétique souffrait d’un léger déficit d’élan. On le sait, trouver l’équilibre du premier mouvement Maestoso est délicat entre la tentation pour l’orchestre de se jeter avidement sur les passages purement orchestraux au risque de sembler éteint lorsqu’il accompagne le piano. A la façon très sage dont fut attaqué l’introduction orchestrale on comprit que cet écueil allait être évité ce soir, sans pour autant trouver ce subtil équilibre qui fait que cette musique reste vivante et constamment animée, avec un jeu tout en rondeur voire langueur. enchaina sur cette lancée sans donner l’impression qu’il allait réveiller ce quelque peu assoupi Maestoso qui manqua de tension et d’enjeu. Le joli Larghetto d’expression plus immédiatement poétique trouva plus facilement son chemin vers l’âme de l’auditeur, sans être bouleversant pour autant avant qu’un Allegro vivace sans histoire vienne clore ce concerto de Chopin, à nos oreilles un peu fade. Et qui fut suivi par un vrai moment de poésie lorsque Nelson Freire joua avec une touchante simplicité une mélodie extraite d’Orfée et Eurydice de Gluck.

Œuvre non sans risques mais en général payante avec son final spectaculaire, la Symphonie n°1 de nous parut remplir parfaitement son rôle ce soir, puisque, si elle mit quand même l’orchestre en difficulté ici ou là, elle permit de clore triomphalement comme attendu le programme officiel du concert. Première difficulté, les trompettes en coulisse au début du premier mouvement avaient du être expédiées à la cave car on les entendait vraiment à peine, contrairement à la porte qui se rabattit brutalement derrière le dernier trompettiste regagnant sa place sur scène. La suite montra un orchestre aux percussionnistes particulièrement affutés et en pleine forme, des cuivres nuancés qui auraient dû être encore plus éclatants par moment, des bois expressifs qui donnaient à cette musique une grande partie de son caractère, et des cordes généreuses qui nous semblèrent manquer d’homogénéité entre les premiers et derniers pupitres, comme dans de nombreux orchestres il faut bien le dire. Marin Aslop tint ses troupes fermement, accentuant volontiers les contrastes entre les passages lents et rapides, frôlant parfois la précipitation dans ces derniers, mais toujours avec panache. Cette vision assez directe et franche de cette symphonie manquait, comme souvent en pareil cas, de caractère spécifiquement mahlérien ou viennois, dépourvue qu’elle était de son second degré constitutif. Après le glorieux épilogue du Stürmisch bewegt la soirée se conclut par un retour au Brésil avec une bossa nova, Pé de Vento de Edú Lobo, probablement offerte à chaque concert de la tournée, suivi par le joyeux vacarme du Finale du ballet Bolt de Chostakovitch.     

Crédit photographique : Alessandra Fratus

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Paris. Salle Pleyel. 7-X-2013. Clarice Assad (né en 1978) : Terra Brasilis – Fantaisie sur l’hymne national brésilien. Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en fa mineur op.21. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°1 en ré majeur « Titan ». Orchestre Symphonique d’État de São Paulo (OSESP), direction : Marin Alsop.

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