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Luxembourg : La Forza del destino, excès et dépouillement

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Luxembourg, Grand-Théâtre. 12-X-2013. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La forza del destino, opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave, d’après Angel de Saavedra, duc de Rivas, et Schiller. Mise en scène : Michael Thalheimer. Scénographie : Henrik Ahr. Costumes : Michaela Barth. Lumières : Franck Evin. Dramaturgie : Luc Joosten. Avec : Catherine Naglestad, Donna Leonora ; Mikhaïl Agafonov, Don Alvaro ; Dimitri Tiliakos, Don Carlo di Vargas ; Georg Zeppenfeld, Padre Guardiano ; Viktoria Vizin, Preziosilla ; Josef Wagner, Fra Melitone ; Jaco Huijpen, Il Marchese di Calatrava ; Anneke Luyten, Curra ; Toby Girling, Alcade/Il Chirurgo ; Vesselin Ivanov, Trabuco. Chœur du Vlaamse Opera (chef de chœur : Yannis Pouspourikas). Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Erik Nielsen.

ok 19_La Forza Del Destino © Vlaamse Opera_Annemie AugustiL’opéra de Luxembourg aura donc marqué l’année du bicentenaire de la naissance de Verdi par la reprise d’une production de La forza del destino déjà donnée en 2012 à Anvers et à Gand par le Vlaamse Opera. On retrouve, avec la mise en scène de , la mise en œuvre d’un concept qui a déjà fait ses preuves : plateau dépouillé, surmonté d’une immense croix en travers du fond de scène, lourde de symboles ; éléments de décor réduits à une série de chaises tantôt éparses et renversées, tantôt alignées sur le devant de la scène ; choristes et solistes qui, au lieu de sortir de scène, s’assoient sur le bord du plateau et observent leurs collègues. Tel est le cas par exemple du Marquis de Calatrava qui, une fois tué par Alvaro, se lève pour aller regarder comment se déroule la fin de la scène. Jusqu’où ira la distanciation théâtrale ! Toutes ces idées très « tendance », qui ne parviennent ni à surprendre, ni à choquer, ni même plus à déranger, on les avait déjà vues dans la Traviata aixoise de . Et si le concept fonctionne, c’est qu’il s’accompagne généralement d’une attention toute particulière au jeu sobre et intense des acteurs, qui effectuent « dépoussièrent » l’œuvre en remettant le drame et la tragédie au cœur de l’action, et non au niveau de l’artifice des accessoires et du décor.

Et dans cette mise en scène, l’acteur principal est de toute évidence le chœur. Chœur souffrant, chœur massacré, chœur sanguinolent, chœur gouailleur, chœur picaresque, chœur que l’on retrouve sur toutes les routes de l’Espagne et de l’Italie. C’est autour de cette masse chorale, dont la gitane Preziosilla semble être l’émanation, que s’organisent et se mettent en place les jeux du destin. Dans cette optique, la diseuse de bonne aventure est bien plus qu’un élément de couleur locale ou une simple comprimaria, comme c’est parfois le cas, et son rôle dans la dramaturgie devient essentiel. Véritable instrument des forces du mal, sa montée sur la croix à la fin de l’ouvrage, au moment où tout est consommé, fait pendant à la scène du couvent quand la même place était alors occupée par Leonora, sainte en puissance tout juste admise au couvent. Le choix de la version de Saint-Pétersbourg, dont le dénouement est beaucoup plus sombre que celui de la version de Milan, accentue évidemment la place donnée au poids du destin.

ok 21_La Forza Del Destino © Vlaamse Opera_Annemie Augusti

Le plateau vocal réuni pour l’occasion est dans l’ensemble de très bonne tenue. Le seul élément relativement décevant serait le ténor puissant mais quelque peu braillard du Russe Mikhaïl Agafonov, souvent fâché avec la justesse. Ses capacités d’acteur sont de surcroit bien limitées. Le baryton grec Dimitri Tiliakos est un solide et valeureux Carlo, même si son chant ne brille pas par sa subtilité. On saluera également les belles prestations de Viktoria Vizin en Preziosilla et en Guardiano, ainsi que celle de Josef Wagner, Melitone plus sombre et plus noir qu’à l’accoutumée. La distribution est très largement dominée par la radieuse Leonora de dont la voix longue, souple et puissante épouse à merveille les sublimes phrasés de l’héroïne de l’opéra. Son médium légèrement voilé, un peu à la Rysanek, est couronné de lumineux aigus qu’elle sait filer comme peu de sopranos spinto aujourd’hui. Qu’on se dépêche d’entendre partout ailleurs cette chanteuse d’exception qui, partie de Gluck, Haendel et Mozart semble s’orienter de plus en plus vers des emplois plus lourds – Senta, Elsa, Salome, Minnie… –  qui pourraient au final altérer la pureté de son timbre.

On a dit la qualité et le haut degré de préparation du chœur. Saluons, à la tête de la Philharmonie du Luxembourg, l’extraordinaire direction du chef , qui sait proposer une lecture à la fois dense, sombre, et parfaitement analytique de la partition. Ce soir-là, Verdi était bel et bien à l’honneur.

Crédit photographique : Christine Naglestad et Chœur du Vlaamse Opera © Vlaamse Opera Annemie Augustijn

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Luxembourg, Grand-Théâtre. 12-X-2013. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La forza del destino, opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave, d’après Angel de Saavedra, duc de Rivas, et Schiller. Mise en scène : Michael Thalheimer. Scénographie : Henrik Ahr. Costumes : Michaela Barth. Lumières : Franck Evin. Dramaturgie : Luc Joosten. Avec : Catherine Naglestad, Donna Leonora ; Mikhaïl Agafonov, Don Alvaro ; Dimitri Tiliakos, Don Carlo di Vargas ; Georg Zeppenfeld, Padre Guardiano ; Viktoria Vizin, Preziosilla ; Josef Wagner, Fra Melitone ; Jaco Huijpen, Il Marchese di Calatrava ; Anneke Luyten, Curra ; Toby Girling, Alcade/Il Chirurgo ; Vesselin Ivanov, Trabuco. Chœur du Vlaamse Opera (chef de chœur : Yannis Pouspourikas). Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Erik Nielsen.

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