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Behzod Abduraimov, étoile ouzbèque du piano

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Paris, Auditorium du Louvre. 17-X-2013. Camille Saint-Saëns (1835-1921) / Franz Liszt (1811-1886) / Vladimir Horowitz (1903-1989) : Danse Macabre, op. 40 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Fantaisie en fa mineur op. 49 ; Franz Schubert (1797-1828) : Impromptus en sol bémol majeur D 899 n° 3 ; en mi bémol majeur, D 899 n° 2 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Gaspard de la Nuit. Behzod Abduraimov, piano.

AbduraimovLe jeune pianiste ouzbek est un phénomène. Né en 1990 à Tachkent, cité millénaire sur la route de la soie, il commence à apprendre le piano à l’âge de cinq ans dans sa ville natale et étudie actuellement à Kansas City, aux Etats-Unis. Sa virtuosité époustouflante, les phrasés d’une limpidité exceptionnelle font incontestablement de lui l’un des jeunes pianistes les plus talentueux de sa génération.

Il commence par la Danse Macabre de Saint-Saëns, doublement revisitée par Liszt et Horowitz : une pièce plus que redoutable et donc que peu de pianistes maîtrisent parfaitement. Elle est exécutée habituellement après quelques morceaux, voire en bis, une fois que le corps et les doigts sont bien « chauffés ». Mais la joue en tout début de récital, avec une technique si accomplie que nous sommes totalement subjugués. Dans la profusion de notes qui ornent le thème et pourraient se transformer en un grondement de sons sous les doigts d’autres interprètes, il parvient à faire ressortir la ligne mélodique à partir de ce fourmillement infernal, avec un sens rythmique exceptionnel. La force et la précision d’attaque sont également admirables, laissant place le moment venu à une légèreté aérienne. Cette pièce à elle seule montre largement l’immense talent du pianiste.

Vient ensuite la Fantaisie de Chopin. La musique coule de source, avec une fluidité qui lui est innée. Ainsi, il n’insiste pas sur le tempo « di marcia » du début ni sur la mesure de la partie « più mosso » triomphante vers la fin, mais les conçoit comme un passage aboutissant au caractère agité et tourmenté de la pièce, exprimé par des successions de triolets. Ces agitations et tourments vont accroître en passant par plusieurs degrés ; et voici une musique qui progresse.

Après avoir montré un lyrisme romantique schubertien tout aussi fluide dans deux Impromptus, il fait de nouveau preuve de formidable virtuosité dans Gaspard de la Nuit de Ravel. D’une Ondine ensorcelante jusqu’à l’explosion cauchemardesque de Scarbo, en passant par le Gibet lugubre et funeste, notre pianiste joue sur toutes les couleurs, avec élégance et sensibilité, ce qui convaincrait les admirateurs de Ravel les plus avertis. Sa lecture de l’ensemble des trois partitions est telle que nous n’avons rarement senti l’entité du cycle, les liens entre chaque morceau, comme un véritable triptyque visuel.

En bis, Nocturne en ré mineur de Tchaïkovski. C’est avec ces notes de nostalgie qu’il termine son premier récital à Paris.

Photos : © DR

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Paris, Auditorium du Louvre. 17-X-2013. Camille Saint-Saëns (1835-1921) / Franz Liszt (1811-1886) / Vladimir Horowitz (1903-1989) : Danse Macabre, op. 40 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Fantaisie en fa mineur op. 49 ; Franz Schubert (1797-1828) : Impromptus en sol bémol majeur D 899 n° 3 ; en mi bémol majeur, D 899 n° 2 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Gaspard de la Nuit. Behzod Abduraimov, piano.

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