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Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence. 16-X-2013, Franz Schubert (1797-1828) : Sonate en ré majeur D 850. Alexandre Scriabine (1871-1915) : Sonate n°2 en sol dièse mineur; Etudes op.8 n° 2,4, 8, 9, 11 et 12. Evgueni Kissin, piano

Evgeny-KissinDans la continuité de Marseille Provence 2013, la nouvelle saison du Grand Théâtre de Provence s’inscrit dans le sillage d’une programmation de choix. L’immense  était ainsi mercredi soir à Aix-en-Provence, seul sur scène, face à son piano. A l’issu du récital, le public aixois, transporté par son talent exceptionnel, s’est levé comme un seul homme pour lui réserver une longue standing ovation. Arrivé à un niveau de plénitude dans son Art, le russe a inscrit depuis plusieurs années de nouvelles œuvres  à son répertoire, proposant des confrontations inédites et originales. C’est le cas ici avec Schubert et Scriabine, deux compositeurs situés aux extrémités du romantisme.

Du premier, le pianiste a choisi une de ses sonates les plus libres, alternant entre ampleur épique beethovenienne et fantaisie. La difficulté d’unité et les développements multiples de chaque mouvement la rendent ingrate. C’est une des raisons pour lesquelles les interprètes la préfèrent au disque.

Kissin aborde le texte sans retenue sans pour autant presser le tempo initial. S’appuyant sur un legato qui devrait être montré dans toutes les écoles de musique, il façonne une architecture brillante, non dénuée de cantabile dans les aigus. Le dialogue est sans cesse relancé ce qui évite une redite monotone des accords et des cellules mélodiques brèves. Le Con Moto surprend par l’utilisation de la pédale douce qui ne trouve pas l’effet escompté et sonne plus de façon métallique que feutrée. Le dépouillement de ce même mouvement  ne peut toutefois pas faire oublier l’acoustique trompeuse et lointaine du clavier. Le charme enfantin de ces harmonies aux accents populaires n’atteignent pas le petit plus d’émotion jusqu’aux trois dernières pages du Rondo où soudain, comme touché par la grâce, le jeu du russe sembla être transfiguré : avec un pianissimo d’une douceur inouïe, son piano sembla dialoguer avec les cieux.

Le contraste de textures voulu avec Scriabine s’incarne en deuxième partie. Avec son bouillonnement fiévreux, ses couleurs impressionnistes parfois mélancoliques, la sonate n°2 convient à merveille au jeu plein du disciple d’Anna Pavlovna Kantor. S’il s’agit de la plus romantique des sonates, son expression déchirante et survoltée appartient à un cœur exalté et tourmenté. Le pianiste opte pour une mise en tension dont le paroxysme est intériorisé avec gravité. Avec une modernité dépoussiérée, la partition nous entraine vers des profondeurs sombres mais poignantes dans lesquelles Kissin laisse parler son cœur. Les études de l’opus 8, monstres techniques doublés de poèmes puissamment éloquents, sont au service de la musicalité et ne se résument ici pas un exercice de virtuosité. L’intensité monte encore d’un niveau avec la 12e où, dans un exercice de haute voltige, l’expressivité est au premier plan.

Trois bis suivront ce  récital de maître dont la Sicilienne de Bach, un brin distanciée et sans aucun sentimentalisme expressif, la 5e étude de Scriabine, de la même veine que les précédentes, ainsi qu’une magistrale version de la Polonaise Héroïque de Chopin. Quel staccato à la main gauche ! Résolument dans son jardin, Evgeny Kissin s’impose sur une note grandiloquente avec une spontanéité que seul le concert permet.

Crédit photographique : © Stu Rossner

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Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence. 16-X-2013, Franz Schubert (1797-1828) : Sonate en ré majeur D 850. Alexandre Scriabine (1871-1915) : Sonate n°2 en sol dièse mineur; Etudes op.8 n° 2,4, 8, 9, 11 et 12. Evgueni Kissin, piano

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