Toulouse les Orgues : les Passions magnifient la liturgie baroque du Grand siècle français

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse (31). 18e Festival Toulouse les Orgues. 18 -X-2013. Église Saint-Pierre des Chartreux. « Le grand siècle français, musique de la liturgie baroque ». Jehan Titelouze (1563-1633) : Hymne Ave Maris Stella ; Guillaume-Gabriel Nivers (v. 1632-1714) : Récit de cromorne pour le Benedictus ; Henri Du Mont (1610-1684) : Prélude en trio N° 10, prélude en trio N° 7 ; Nicolas de Grigny (1672-1703) : Tierce en taille extrait du Gloria de la Messe pour orgue ; Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Ouverture pour l’Église, Veni Creator, Ad Beatam Virginem Hodie Salus, Beata est Maria, Litanies de la Vierge, Laudate Dominum, Ouverture pour un reposoir, Prélude et Salve Regina, Magnificat. Michel Bouvard, orgue. Vincent Lièvre-Picard, haute-contre ; Sébastien Obrecht, taille ; Jean-Manuel Candenot, basse. Les Passions Orchestre baroque de Montauban : Stéphanie Cettolo, flûte à bec ; Myriam Gevers et Nathalie Fontaine, violon ; Étienne Mangot, basse d’archet ; Ronaldo Lopes, théorbe ; Yasuko Uyama-Bouvard, orgue positif. Flûte à bec et direction : Jean-Marc Andrieu.

Motets Charpentier trois voix d'hommeLe festival Toulouse les orgues n’est pas un festival exclusivement consacré à l’orgue, mais il se veut un festival de musique autour de l’orgue, montrant toutes les faces de l’instrument et les combinaisons musicales possibles, grâce au formidable patrimoine instrumental toulousain. Ultime concert de en tant que directeur artistique du festival, cette soirée démontrait un fructueux dialogue entre l’orgue et la voix.

Rarement entendus en concert et peu enregistrés, les motets à trois voix d’hommes de Charpentier sont devenus l’un des programmes favoris de l’ensemble de , qui les diffuse régulièrement en France et en Europe. Une tournée au Pérou est même en préparation pour le printemps 2014. Il n’était que justice qu’ils les offrent à nouveau dans leur métropole régionale, dans ce magnifique écrin baroque, à deux nefs en enfilade sous coupole, qu’est l’église Saint-Pierre des Chartreux. On ne peut rêver meilleure adéquation entre cette musique d’une piété intimiste et cette architecture exubérante, qui ne se révèle qu’une fois le porche franchi.

Par surcroît, cette église possède un orgue splendide construit en 1683 par le facteur Robert Delaunay, restauré par Jean-Baptiste Micot en 1783, puis par Gerhard Grenzing en 1983. Ce dernier facteur, installé à Barcelone, vient d’achever la construction d’un orgue pour le tout nouvel auditorium de Radio France.

Délaissant un temps son monumental Cavaillé-Coll de la basilique Saint-Sernin, touchait avec autant de plaisir ce bel exemplaire de la facture classique française comme il s’adonne au répertoire baroque français sur le Clicquot de la chapelle royale de Versailles, dont il est l’un des titulaires par quartiers.

En hommage pour le 450e anniversaire de la naissance de , considéré comme le père de l’orgue français, le concert commençait par quatre versets de l’hymne Ave Maris Stella pour orgue avec plain chant alterné pour lequel les trois solistes de la soirée étaient rejoints par trois jeunes voix féminines issues de la maîtrise de Toulouse. L’ornementation sobre et légère donne un aspect plus vivant à ce théoricien souvent considéré comme sévère, qui se situe à la transition entre le style franco-flamand et le motet français. Nous lui sommes redevables de la notation sur deux portées avec clefs d’ut et de fa en remplacement des anciennes tablatures.

Engagement vocalAgrémentés de deux pièces instrumentales, Ouverture pour l’Église H 524 et Ouverture pour un reposoir H 523, les sept motets de Charpentier étaient entrecoupés de pièces d’orgue de Guillaume Nivers, (2 préludes avec la 3e main de Yasuko Uyama-Bouvard, titulaire de ce magnifique instrument) et la Tierce en taille du Gloria de la Messe pour orgue de , véritable « tube » de l’époque, témoignant de la place éminente de l’orgue dans la musique française du XVIIe siècle. Cette alternance d’élévation éloquente et de piété intime nous replongeait dans l’atmosphère des chapelles princières ou de l’église des jésuites parisiens, qui furent les principaux employeurs de .

Bien que les deux violonistes habituels de la formation montalbanaise, Flavio Losco et Nirina Betoto étaient remplacés ce soir-là par les non moins excellentes Myriam Gevers et Nathalie Fontaine, étaient en grande forme avec un engagement absolu des trois solistes dont les voix se complètent à merveille. Possédant dans les moindres détails ce programme qu’ils ont enregistré ensemble, ils se répondent avec aisance dans une parfaite diction de la prosodie française du latin, formant un chœur homogène à certains moments. Les acclamations de nous ravissent et il atteint des sommets d’expressivité dans le Salve Regina. Les accents dramatiques de sont habités d’intentions scéniques, tandis que assure l’assise du trio.

On ne se lasse pas des superbes mélismes des Litanies à la Vierge, ni des savoureux hoquets du Hodie Salus, pas plus que de la délectable « drogue dure » de ce mouvement ostinato répété quelque 89 fois dans le Magnificat. Ce dernier est d’ailleurs repris en rappel, histoire de bien ancrer cette ritournelle, qui ne nous quittera pas de la nuit.

Les micros de France Musique étaient présents pour capter cette grande soirée diffusée au concert du soir le 3 décembre. Il est disponible en réécoute sur le site de la station jusqu’au 3 janvier 2014.

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